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Mardi, 18 Juin 2024

Apologie de la résistance

Auteur : Jacques Dibona | Editeur : Walt | Vendredi, 17 Mai 2024 - 11h52

Je soutiens toute la résistance palestinienne. Condamner le Hamas pour faire bonne mesure ne vise qu’à ménager la chèvre et le chou et équivaut aux postures modérées qui sont entre autres celles du Parti Communiste français, condamnant la guerre des deux côtés et renâclant à la qualifier de génocide. Qu’ils aillent au diable ! Le Hamas fait partie de la résistance palestinienne à la colonisation israélienne et n’est en rien coupable des atrocités commises à Gaza depuis plus d’une demi-année : Israël doit être seule tenue pour responsable et tout indique que son entreprise de terre brûlée n’attendait que l’opportunité qui manquait à un gouvernement sur la sellette pour annihiler l’opposition, s’emparer du reste des territoires palestiniens et procéder à un nettoyage ethnique en bonne et due forme.

Depuis le 7 octobre 2023, l’énergie déployée par le gouvernement israélien et l’Occident pour faire avaler au monde entier la couleuvre du terrorisme palestinien personnifié par le Hamas est sans précédent dans l’histoire récente de la propagande. Même le brouillard médiatique autour de la guerre en Ukraine fait figure de passe-temps en comparaison. Elle va jusqu’à invoquer en dernier recours de terribles analogies qui, en profanant l’histoire de l’Holocauste dans le but de servir les intérêts israéliens, prennent le triple risque de déprécier la réalité des faits qui le constituent, de désensibiliser la mémoire qu’on en a et de faire ainsi renaître ses causes profondes. Si tout le monde devient antisémite, qui l’est vraiment alors ? Fondant leur rhétorique mondialisée sur le présupposé selon lequel ils seraient incapables de commettre un acte dont ils auraient été les victimes archétypales, ils pensent pouvoir se protéger de tout retour de flamme accusateur. Ils n’ont pas tort. L’Occident, en particulier la vieille Europe, ses dirigeants et ses médias, empêchés par leur propre simulacre de culpabilité, contraints à faire du surplace comme dans ces rêves où mettre un pas devant l’autre est aussi ardu que courir sous l’eau, est paralysé par l’éclat aveuglant de cette relique mémorielle. Las ! L’Histoire regorge d’opprimés devenus oppresseurs. Il n’y a rien qui prémunisse les uns d’être les autres, et vice et versa.

Pourtant, cette énergie consacrée à modeler les esprits des masses afin qu’elles pensent de la manière appropriée qu’on attend d’elles est inversement proportionnelle au degré de vérité du canevas narratif qu’elle cherche à tisser

Ainsi, des crimes de guerre commis par le Hamas le 7 octobre, il ne reste plus grand-chose d’autre aujourd’hui que la calomnie persistante. Aucune preuve matérielle n’a été donnée de l’existence des nourrissons décapités et brûlés, des femmes enceintes éventrées, des filles violées puis assassinées.

Quand aujourd’hui, même pour des médias presque unanimement derrière l’État hébreu, il est fondamentalement impossible de minimiser l’ampleur du bilan palestinien en dissimulant les morts de Gaza, pour quelles raisons a-t-il été nécessaire d’inventer des victimes israéliennes sinon pour manipuler l’opinion ?

Autre exemple de cette construction narrative en carton-pâte : le « massacre » des fêtards d’un festival techno qui se tenait au moment même de l’incursion palestinienne sur un site pourtant réputé dangereux parce que dans un périmètre fréquemment soumis à des tirs de roquettes.

Mettons de côté le risque pris par les organisateurs et le bras d’honneur que cette initiative cynique a fait au peuple de Gaza, enfermé à quelques kilomètres de là dans une prison à ciel ouvert dans des conditions de vie inhumaines qu’un nombre croissant d’observateurs s’accordaient à trouver comparables à un Apartheid, et prenons en considération dans notre compréhension du 7 octobre certains éléments

1. Qu’avons-nous aujourd’hui en dehors d’un flots d’images montrant des gens qui s’enfuient en courant, des véhicules à l’abandon, pour certains calcinés et de détritus typiques de ceux qu’on trouve sur les lieux d’un tel rassemblement ? Si on trouve de rares traces en images des victimes civiles mortes sur le lieu de cet évènement, il n’y en a aucune de leur prise en charge et de leur évacuation. Pourtant, rendre de telles images disponibles au monde entier aurait servi les intérêts du gouvernement israélien. Par ailleurs, il est aujourd’hui avéré que Tsahal, en ciblant les résistants palestiniens, a tué certains de ces festivaliers, et de nombreux autres civils israéliens à de multiples reprises ce jour-là

2. S’il ne fait aucun doute que le 7 octobre 2023, des civils israéliens sont tombés, tout porte a croire qu’on a voulu nous narrer un récit qui allait justifier les jours suivants en taisant les objectifs militaires de l’opération de résistance palestinienne Déluge d’Al Aqsa et en la contrefaisant en attaque aveugle contre des civils.

Je ne reconnais pas cette qualification faite au Hamas de terrorisme. Je la rejette car elle procède d’une inversion accusatoire tristement récurrente dans l’histoire du colonialisme et dont nous, Français, avons à la fois fait les frais et usé jusqu’à la nausée.

Ainsi, les résistants français, au premier rang desquels les FTP-MOI, ont été repeints en terroristes par le régime de Vichy et plus tardivement par l’occupant allemand en déroute.

L’emploi du mot « terroriste » contre la résistance communiste vient donc de la magistrature française, qui avait à l’unanimité prêté serment de fidélité à l’ennemi. Ces traîtres restaient fidèles à ceux qui firent entrer le mot « terreur » dans notre Histoire en falsifiant son sens originel.

Roger Pannequin, résistant français, in Raison présente, n°81, 1er trimestre 1987. Démythifier le terrorisme.

« Il est vrai que nos adversaires, les nazis et leurs alliés français, nous qualifiaient de terroristes dans tous les moyens de propagande, affiches, journaux, radios qu’ils contrôlaient. La qualification péjorative avait pour but d’impressionner l’opinion, mais naturellement nous ne l’acceptions jamais.

Nous étions des combattants volontaires, ayant accepté une vie rude et les plus grands risques pour reconquérir la liberté. Nos adversaires étaient une armée d’occupation qui exploitait notre pays et avait pour objectif d’aliéner définitivement son indépendance ».

Quant au terrorisme perpétré par l’ennemi, il serait faux de croire qu’il était toujours en réponse aux attaques de la Résistance. Il fut pratiqué très tôt sous n’importe quel prétexte pour montrer à la population qu’il était le maître. Lorsqu’il se développa en réponse à des sabotages ou des attentats, il fut immédiatement démesuré, frappant souvent à l’aveugle des innocents, fussent-ils des otages, et allant jusqu’au massacre y compris des femmes et des enfants, la destruction de maisons et des villages entiers.

Raymond Aubrac, résistant français, in Topiques n°83, p. 7 à 10, Terroristes ou résistants ?

Quelques années plus tard en Algérie, ce sont les Fellagas en lutte pour leur indépendance que les autorités françaises ont traités de terroristes. C’est probablement d’ailleurs pendant la guerre d’Algérie que le terme s’est fixé dans son sens actuel — l’usage de la violence à des fins politiques — et que les attentats aveugles furent intronisés comme moyen d’atteindre un oppresseur supérieur en nombre et en moyens.

Et ce n’est probablement pas un hasard s’ils furent perpétrés dans les décennies qui suivirent sur le sol israélien par la résistance armée palestinienne. Pourtant, dans le contexte immuable de la colonisation, je persiste à considérer que le terrorisme est d’abord le fait du colonisateur, son essence même, et non du colonisé qui, s’il est jugé, doit l’être à l’aune de la légitime défense. Et c’est sur la base de ce point précis que le 7 octobre 2023 doit être appréhendé et qu’apparaît alors clairement l’urgence absolue pour Israël et pour ses alliés occidentaux d’en faire, à l’instar du 11-Septembre, un acte fondateur sans passé et sans causes, né d’un néant incompréhensible d’où seuls peuvent ressortir le vice et la barbarie innés des Palestiniens. Il devient alors plus facile de qualifier ces derniers de nazis. La boucle est bouclée.

Alors, non. Assez de ces injonctions médiatiques idiotes ! Non seulement je ne condamne pas le Hamas mais je rends hommage à la résistance palestinienne ! Que cela fasse de moi ou non un apologue du terrorisme ou un antisémite ne se débat pas là où l’intelligence se fait aussi rare que l’oxygène en altitude. Comme si les renards étaient fondés à discuter des droits des poules.

Et probablement pas dans des tribunaux que l’oppression macroniste surcharge d’ouvrages inutiles. Ce n’est pas moi qui mérite d’y être conduit mais ceux, Français, qui vont en Palestine assassiner des femmes et des enfants au nom du sionisme.

Ce sont eux les criminels que la police devrait attendre de pied ferme à l’aéroport. Quant à être traité d’antisémite ou d’islamogauchiste par des gens qui ne savent ni écrire ni prononcer et encore moins définir ces deux mots correctement, ça a le mérite de me faire sourire. Israël ne représente pas plus les Juifs que le boulet ne représente le bagnard… Comme disait cet autre ignoble personnage un jour d’été 2018 devant une assistance rigolarde : « Qu’ils viennent me chercher ! »

1. D’après Haaretz, repris par The Cradle et citant les résultats de l’enquête policière, le festival se trouvait sur le chemin des résistants palestiniens dont la cible était un kibboutz voisin. Toujours d’après la police, ils ne pouvaient être au courant de la tenue de ce festival car celui-ci devait initialement se terminer le 6 mais avait été prolongé à la dernière minute par les organisateurs, prolongation dont l’autorisation a été délivrée par l’armée israélienne.

2. Citant The Cradle : «Les médias israéliens ont précédemment révélé que les forces israéliennes avaient tué des civils israéliens à Be’eri, une colonie située également près de la frontière de Gaza. Dans ce cas, des combattants du Hamas retenaient des Israéliens prisonniers dans des maisons.

À leur arrivée, les militaires israéliens ont ouvert le feu, notamment en tirant des obus de chars, tuant à la fois les captifs israéliens et les combattants du Hamas. Trois des personnes tuées à Be’eri par des tirs de chars israéliens sont Liel Hezroni, 12 ans, son frère Yanai et leur tante Ayla.

La chaîne israélienne Kan a rapporté que les proches de Liel ont organisé une cérémonie d’adieu pour elle, plutôt qu’une cérémonie d’enterrement, parce que son corps n’a pas pu être récupéré dans la maison qui s’est effondrée sur elle et d’autres captifs du Hamas après qu’un char israélien a tiré deux obus sur elle.

Un cas similaire s’est produit à Sderot, où des combattants du Hamas avaient pris le contrôle du poste de police local. Les combattants du Hamas et les prisonniers ont été tués lorsque l’armée israélienne a tiré des obus de chars sur le poste de police, tuant tout le monde. Les forces israéliennes ont ensuite détruit le poste au bulldozer.

Par conséquent, on ne sait donc pas exactement combien d’Israéliens morts le 7 octobre ont été tués par le Hamas, dont les combattants cherchaient à capturer le plus grand nombre possible d’Israéliens, soldats et civils, pour les ramener à Gaza, et combien ont été tués par les forces israéliennes qui refusaient de négocier la libération des captifs ».

Il s’agit d’une application à la population civile de la Directive Hannibal dont l’objectif est d’empêcher la capture de soldats israéliens par des forces ennemies au cours des combats.

Avant la guerre de Gaza en 2008-2009, le lieutenant-colonel Shuki Ribak, le commandant du 51e bataillon de la brigade Golani ordonne à ses soldats d’éviter l’enlèvement à tout prix et même a précisé qu’il attendait de ses soldats qu’ils se suicident plutôt que d’être enlevés : «Aucun soldat du Bataillon 51 ne sera enlevé, à n’importe quel prix. À n’importe quel prix.

Dans n’importe quelle condition. Même si cela signifie qu’il se fait exploser avec sa propre grenade avec ceux qui essaient de le capturer. Y compris si cela signifie que son unité doit effectuer un tir de barrage sur la voiture qui tente de l’emmener ».

Produit de l’émotion plus que de la raison, la toute première version de ce texte, trop rapidement proposée à la publication est parue brièvement sur un site ami mais en a été retirée pour les risques juridiques qu’il représentait, à la fois dans l’atmosphère actuelle de chasse aux sorcières et en raison probablement des ambiguïtés et des approximations qu’il contenait. Il m’expose tout de même à des procès (d’intention a minima), je vais tâcher d’y répondre ici.

Procès en négationnisme

Certains ne manqueront pas d’invoquer le lexique de la Shoah en parlant de « négationnisme », ce qui entre parfaitement dans le cadre de ce que je dénonce dans mon texte. Dans sa définition classique comme juridique, celui-ci est la « doctrine niant la réalité du génocide des Juifs par les nazis, notamment l’existence des chambres à gaz ».

Je n’ai jamais nié la réalité du génocide des Juifs par les Nazis, car des milliers de preuves l’attestent. Plusieurs de mes publications passées ou de celles que j’ai promues le montrent. Par contre, je remets en question la réalité des évènements du 7 octobre 2023 tels qu’ils nous ont été contés par Israël et à sa suite par les canaux d’informations mainstream. Je m’interroge sur la pénurie de preuves en images et rejette l’exclusivisme de la parole comme fondement de la vérité. Je ne nie pas que le 7 octobre a fait des victimes israéliennes civiles, je doute qu’il ait eu lieu comme le gouvernement Netanyahu, la presse et les médias dominants l’ont décrit.

Apologie de la violence

C’est un faux procès et une énième inversion accusatoire (procédé extrêmement fréquent de nos jours) : je préférerais vivre dans un monde où le Hamas et le reste de la résistance palestinienne n’auraient pas besoin d’exister, où les Palestiniens pourraient vivre en paix et dignement, en tant que citoyens ayant les mêmes droits que la population israélienne, sur la terre qui est la leur, en participant à la vie politique de leur pays.

C’est d’abord et avant tout la violence israélienne qui nourrit la violence du Hamas. Il convient de condamner la première si on veut que la seconde disparaisse, et non l’inverse. Quant à condamner les deux, je renvoie à l’introduction du texte ci-dessus : ça revient, par souci d’impartialité, à blâmer le cerf acculé pour avoir chargé le chasseur.

J’ai dit ailleurs ce que j’en pensais : «la neutralité comme troisième voie n’est pas une option. Si elle ne finit peut-être pas aux côtés des génocidaires sur les bancs des accusés dans les tribunaux de Nuremberg, elle a malgré tout davantage un parfum de potence que d’innocence. Aujourd’hui, en tout cas, elle marche de concert avec ceux qui, quel que soit leur bord politique, soutiennent le gouvernement israélien dans son crime contre l’humanité ».

Procès en islamisme

Un des arguments-clés de ceux qui, même pro-palestiniens, condamnent le Hamas, c’est que celui-ci est un groupe islamiste. Je faisais récemment remarquer à un camarade auteur qui s’épanchait sur la dépolitisation des masses musulmanes du fait d’un islamisme envahissant qu’il se fourrait le doigt dans l’oeil.

L’islamisme au contraire, que ça nous plaise ou non, et en particulier aux ayatollahs de la laïcité, est sinon le signe, le vecteur de la repolitisation des musulmans. On peut le déplorer évidemment, mais pour cela, il faudrait d’abord faire notre autocritique, c’est-à-dire celle de l’Occident et de l’impérialisme qui le caractérise.

Le Hamas est la plus pure concrétisation de ce phénomène de repolitisation faisant suite à l’échec (programmé) de l’OLP (Fatah). Benjamin Netanyahu lui-même a favorisé en finançant le Hamas l’accession de celui-ci au pouvoir à Gaza. Pour quelle autre motif caché que celui de se donner un adversaire qui aurait mauvaise presse ? Condamner le Hamas, c’est encore une fois donner raison à Netanyahu.


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