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Lundi, 15 Avr. 2024

Aaron Bushnell s’est immolé pour attirer l’attention sur Gaza

Auteur : Caitlin Johnstone | Editeur : Walt | Mardi, 27 Févr. 2024 - 13h34

“Que ferais-je si j'étais encore en vie à l'époque de l'esclavage ? Ou au temps de Jim Crow dans le Sud ? Ou de l'apartheid ? Que ferais-je si mon pays commettait un génocide ?”

J’ai regardé la vidéo non censurée de l’aviateur américain Aaron Bushnell s’immolant devant l’ambassade d’Israël à Washington en criant “Free Palestine”. J’ai hésité à la regarder parce que je savais qu’une fois qu’elle serait gravée dans mon esprit, elle y resterait pour le restant de mes jours, mais je me suis dit que je lui devais bien ça.

J’ai l’impression d’avoir été saisie et secouée, ce qui, je suppose, était à peu près le but recherché par Bushnell. Un acte pour ébranler le monde et lui faire prendre conscience de la réalité de ce qui est en train de se produire. Quelque chose qui nous sorte de la stupeur due au lavage de cerveau et au désintérêt de la dystopie occidentale, qui nous pousse à regarder du côté de Gaza.

Les sons restent plus longtemps en mémoire que les images. Le son de sa voix douce et juvénile, semblable à celle de Michael Cera, alors qu’il se dirigeait vers l’ambassade. Le son du conteneur métallique cylindrique dans lequel il a stocké de l’essence, de plus en plus bruyant à mesure qu’il roule vers la caméra. Le son de la voix de Bushnell disant “Palestine libre”, puis le hurlant, se transformant en cris sans paroles lorsque la douleur devient trop insupportable, puis forçant un dernier “Palestine libre” avant de se taire pour de bon. La voix du policier qui lui hurle de se mettre à terre, encore et encore. La voix d’un secouriste disant aux policiers d’arrêter de pointer leurs armes sur le corps en flammes de Bushnell et d’aller chercher des extincteurs.

Il est resté debout pendant un temps incroyablement long alors qu’il était en flammes. Je ne sais pas où il a trouvé la force de le faire. Il est resté debout longtemps même après avoir cessé de se faire entendre.

Bushnell a été transporté à l’hôpital, où la journaliste indépendante Talia Jane rapporte qu’il a succombé aux brûlures. C’est la mort la plus horrible qu’un être humain puisse subir, et elle a été conçue pour l’être.

Peu avant son dernier geste dans ce monde, Bushnell a posté le messagesuivant sur Facebook :

“Beaucoup d’entre nous se demandent : “Que ferais-je si j’étais encore en vie à l’époque de l’esclavage ? Ou au temps de Jim Crow dans le Sud ? Ou de l’apartheid ? Que ferais-je si mon pays commettait un génocide ?

“La réponse est : c’est ce que je suis en train de faire. En ce moment même.”

Aaron Bushnell a apporté sa propre réponse à ce défi. Nous apportons tous la nôtre en ce moment même.

Je ne ferai jamais ce que Bushnell a fait, et je ne recommanderais à personne de le faire non plus. Cela dit, je ne peux pas non plus nier que son geste a eu l’effet escompté : attirer l’attention sur les horreurs qui se produisent à Gaza.

Je le sais parce que partout où je vois Aaron Bushnell mentionné en ligne, je vois un déluge massif de trolls pro-israéliens envahir frénétiquement les commentaires dans une course effrénée pour manipuler la narration. Ils comprennent tous à quel point il est destructeur pour les intérêts américains et israéliens en matière d’information que les gens voient un sujet d’actualité internationale sur un membre de l’US Air Force s’immolant devant une caméra en criant “Free Palestine”, et ils font tout ce qu’ils peuvent pour atténuer les dégâts.

À l’heure où j’écris ces lignes, il est absolument certain que des gens fouillent dans l’histoire de Bushnell à la recherche d’éléments qui pourraient être présentés comme la preuve qu’il était une personne négative, qu’il souffrait de troubles mentaux, qu’il avait été manipulé par des activistes pro-palestiniens et des médias dissidents – tout ce qu’ils peuvent trouver et rendre crédible. S’ils trouvent quelque chose, et peu importe quoi, les diffamateurs et les propagandistes s’en serviront autant qu’ils le pourront.

C’est ce qu’ils choisissent de faire à ce stade de l’histoire. C’est ce qu’ils auraient fait pendant l’esclavage, ou dans le Sud de Jim Crow [Les lois Jim Crow sont des lois nationales et locales issues des Black Codes imposant la ségrégation raciale aux États-Unis et promulguées par les législatures des États du Sud de 1877 à 1964], ou pendant l’apartheid. C’est ce qu’ils font alors que leur pays commet un génocide à l’heure où nous parlons. Ils montrent ce qu’ils sont prêts à faire en réagissant à Gaza et à l’immolation d’Aaron Bushnell.

Je ne proposerai pas de lien vers la vidéo ici [ndlr : lien vers l’information relatée ce matin] : la regarder est une décision personnelle pour laquelle vous devez faire votre propre recherche afin de vous assurer qu’elle correspond bien à ce que vous voulez. Que vous la regardiez ou non, elle a eu lieu, tout comme la destruction de Gaza a lieu en ce moment même. Chacun d’entre nous est responsable de sa réaction personnelle à cette réalité. Voilà où nous en sommes.

Traduction : Spirit of Free Speech

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