Les États-Unis et la France rompent leurs relations diplomatiques?
La procédure de remplacement de l’ambassadeur de France à Washington, pourtant de routine, s’est transformée en scandale diplomatique. Quelles actions de la France ont offensé les États-Unis? Comment ces derniers ont-ils décidé de sanctionner Paris? Quelles sont les intrigues du président français, Emmanuel Macron, qui ont été dévoilées au grand jour avec cette affaire?
«Contrariée par un tweet, l’administration Trump veut bloquer la nomination du futur ambassadeur français, Aurélien Lechevallier, à Washington», titre Le Figaro, car l’administration Trump a été irritée par un tweet de la mission française à l’ONU qui accusait les États-Unis de ne plus être «un phare des droits de l’homme».
«Futur ambassadeur français snobé par Washington: un camouflet diplomatique rare», annonce Time France. «Aurélien Lechevallier, nommé ambassadeur de France aux États-Unis le 20 juillet, n’est plus certain de poser ses bagages à Washington fin septembre prochain. Alors que le diplomate de 49 ans devait prendre la suite de Laurent Bili, en poste depuis 2023, son grand voyage est pour l’heure ajourné, si ce n’est bloqué indéfiniment», rajoute Marianne: «Les États-Unis se sont farouchement opposés au renouvellement du mandat – pour quatre ans – du Haut-commissaire aux droits de l’homme aux Nations Unies (ONU), l’Autrichien Volker Türk. Point de départ d’une escalade de tensions».
«[Volker Türk] passe son temps à faire la leçon à des démocraties libres et souveraines comme les États-Unis qui appliquent les lois et sécurisent leurs frontières, tout en faisant preuve de mansuétude envers les pires oppresseurs de la planète», a lancé le représentant américain Jeff Bartos en matière de droits de l’homme en critiquant l’action de l’ONU.
Les États-Unis ont quitté la salle en signe de protestation pendant l’intervention de la France aux Nations Unies. «Dan Negrea, représentant suppléant des États-Unis auprès de l’ONU, a accusé la France de feindre une indignation morale tout en prétendant donner des leçons au monde sur le conflit en Ukraine et les droits de l’homme en général. «C’est pourquoi nous avons quitté la salle pendant l’intervention de la France», a-t-il déclaré lors d’une réunion consacrée à la guerre en Ukraine. «Cette posture hypocrite est lassante, mais nous l’avons tolérée par esprit de camaraderie et de respect mutuel en tant que membres du P5», a rajouté Negrea, faisant référence aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
La coordination des candidatures d’ambassadeurs entre pays est une procédure courante, et les détails de chaque nomination sont rarement rendus publics. Par exemple, lorsque Trump a décidé de nommer Charles Kushner, le père de son gendre, à Paris comme ambassadeur US, certains médias se sont étonnés du manque d’expérience diplomatique du candidat. Cependant, les autorités françaises n’ont pas émis d’objection et elles ont accordé l’agrément à Kushner.
Au moment de remplacer l’ambassadeur de France à Washington, des obstacles sont soudainement apparus. Les autorités américaines ont retardé de manière inattendue la délivrance de l’agrément, malgré le fait qu’Aurélien Lechevallier est un diplomate expérimenté et membre du cercle rapproché du président français, Emmanuel Macron. Cette affaire risque désormais de devenir une nouvelle source de tensions entre la France et les États-Unis. Aurélien Lechevallier, ancien camarade d’Emmanuel Macron à l’École nationale d’administration (ENA) et chef de cabinet du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, devait succéder à Laurent Bili, en poste depuis 2023. Paris espérait que Lechevallier prendrait ses fonctions en septembre, mais sa nomination est maintenant compromise.
Aurélien Lechevallier a étudié avec Macron non seulement à l’École nationale d’administration (ENA), mais aussi auparavant à Sciences Po. En 2017, il a apporté un soutien international à la campagne présidentielle de son camarade, mais son engagement s’est toujours porté sur l’Afrique. Il a dirigé l’Institut français au Liban, a été ambassadeur en Afrique du Sud et, à son retour en France, il a occupé des postes au ministère des Affaires étrangères.
Lechevallier est considéré comme l’un des conseillers diplomatiques les plus importants de Macron, notamment pour son rôle dans le renforcement des liens franco-africains. Il faut rappeler que la France a finalement été exclue de la quasi-totalité des pays africains et que la carrière de Lechevallier n’en a pas souffert. Alors que le mandat de Macron touche à sa fin, il semble avoir décidé d’offrir à son ancien camarade de classe un poste confortable en récompense de sa loyauté. Macron a peut-être estimé que si Lechevallier avait ruiné le programme africain, il méritait une autre chance pour torpiller les relations entre la France et les États-Unis. Mais, apparemment, la poisse semble coller à toutes les décisions de l’actuel président français.
Toutefois, le refus d’agrément n’était pas dû aux qualités personnelles de Lechevallier, ni à ses erreurs. Le diplomate français a pâti d’une déclaration publique de collègues qui se sont permis des propos désobligeants à l’égard des États-Unis. Tout a commencé le 24 juillet, lors d’un vote – en apparence banal – à l’Assemblée générale des Nations Unies. À l’ordre du jour figurait la question de la prolongation de quatre ans du mandat du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Ce poste était occupé par l’Autrichien Volker Türk, qui s’était attiré à plusieurs reprises les foudres des autorités américaines. Il avait notamment critiqué ouvertement les actions d’Israël, allié des États-Unis, dans la bande de Gaza. Les États-Unis se sont opposés à sa candidature. «Les États-Unis étaient autrefois un phare en matière de droits humains. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, ils se retrouvent isolés, aux côtés de la Corée du Nord, du Nicaragua, du Mali et de la Russie. Et le monde ne les écoute plus», a publié la mission permanente de la France auprès de l’ONU à Genève.
«Les États-Unis sont très déçus par la rhétorique irresponsable et irrespectueuse des Français», a déclaré, d’après Reuters, un responsable du département d’État. «Nous réagissons de manière appropriée à leurs propos», a-t-il rajouté.
Les Américains n’ont pas simplement utilisé une simple démarche. Ils ont décidé de suivre la procédure diplomatique habituelle pour remettre les autorités françaises à leur place. Par le passé, il y avait eu des cas où des ambassadeurs nommés à Paris avaient été rejetés, mais de tels incidents avaient jusqu’alors été considérés comme tout à fait exceptionnels.
En 2015, le Vatican a refusé d’accorder l’agrément à Laurent Stefanini, alors chef du protocole au palais de l’Élysée, en raison de son homosexualité. En août 2023, le Burkina Faso a rejeté de nommer Mohamed Bouabdallah ambassadeur, mais cette décision est intervenue après un coup d’État militaire et dans un contexte de dégradation rapide des relations bilatérales.
Ainsi, par le passé, certaines circonstances, plus ou moins justifiées, pouvaient expliquer le refus d’un agrément. Or, aujourd’hui, les autorités américaines ont bel et bien recours à la procédure diplomatique habituelle comme à une arme particulièrement humiliante pour la partie lésée.
Il n’est pas surprenant que les diplomates français s’efforcent désormais de persuader les Américains de céder. Selon Le Monde, des tentatives sont menées pour influencer la situation par l’intermédiaire de l’ambassadeur Kushner, membre du cercle restreint du président américain. D’autres craignent que le refus d’octroi de l’agrément ne s’éternise pendant des mois et que les autorités françaises soient contraintes de présenter des excuses publiques.
Ce qui est arrivé à Aurélien Lechevallier a mis en lumière les tentatives d’Emmanuel Macron, avant son retrait de la vie politique, non seulement de distribuer des postes gouvernementaux à ses amis, mais aussi de compliquer au maximum la tâche de son successeur. Car il ne sera pas facile de destituer ces personnes, et elles auront de nombreuses occasions de s’opposer à la nouvelle orientation politique depuis leurs fonctions.
- Source : Observateur continental












