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Lundi, 03 Août 2026

L'Espagne accuse Israël d'instrumentaliser la crise de Ceuta pour punir Madrid de son soutien à Gaza

Auteur : TRT Français | Editeur : Walt | Lundi, 03 Août 2026 - 14h48

L'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon et le ministre espagnol des Transports Oscar Puente se sont vivement opposés au sujet de la crise migratoire à Ceuta.

Les tensions diplomatiques entre l'Espagne et Israël au sujet du génocide à Gaza se sont de plus en plus déplacées sur les réseaux sociaux. La crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, est devenue le dernier point de friction après un échange virulent entre l'ambassadeur israélien auprès de l'ONU, Danny Danon, et le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente.

Vendredi, Danny Danon a reproché à l'Espagne de critiquer régulièrement Israël tout en déclarant l'état d'urgence à Ceuta en raison de la crise migratoire.

"L'Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l'état d'urgence à Ceuta à la suite de la crise provoquée par sa politique migratoire", a écrit Danny Danon sur X.

"Avant de continuer à nous faire la morale, il est peut-être temps qu'elle explique au monde pourquoi elle continue de maintenir des enclaves coloniales en Afrique", a-t-il ajouté, en référence aux territoires espagnols de Ceuta et Melilla situés sur la côte méditerranéenne du Maroc.

Citant le message de Danny Danon sur X, Oscar Puente a répliqué : "Eh bien, tout semble devenir beaucoup plus clair."

Le rôle d'Israël au cœur du débat

Sans développer davantage ses propos, le ministre espagnol a laissé entendre qu'il répondait aux critiques de Danny Danon, dans un contexte de débat politique grandissant en Espagne sur la crise migratoire et le rôle d'Israël dans les affaires régionales.

Cet échange est intervenu après les déclarations de la commentatrice politique espagnole Carolina Alonso, qui a affirmé qu'Israël cherchait à déstabiliser le gouvernement espagnol en représailles à la position de Madrid sur le génocide à Gaza.

Partageant un message évoquant les appels de certains responsables politiques italiens à suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, Carolina Alonso a affirmé que cette opération était menée "par l'intermédiaire du Maroc, avec le soutien d'Israël", ainsi qu'avec celui de l'extrême droite espagnole et européenne.

***

Javier Bardem relie Israël, le Maroc et la crise migratoire de Ceuta

L’acteur espagnol Javier Bardem a repartagé sur Instagram plusieurs publications établissant un lien entre la pression migratoire exercée à Ceuta, les relations entre le Maroc et Israël et la politique ouvertement favorable à la Palestine menée par Madrid.

Quand une frontière s’ouvre soudainement, regarder uniquement les migrants permet surtout d’oublier ceux qui possèdent la clé.

Le message central était formulé sans détour : « On ne sait pas qui a organisé cette crise, mais on sait qui en bénéficie : Israël et l’extrême droite occidentale ».

Bardem n’a donc pas présenté une preuve matérielle d’une opération commandée depuis Tel-Aviv. Il a relayé une lecture géopolitique fondée sur des intérêts convergents, des alliances connues et un précédent difficile à balayer d’un revers de main.

L’Espagne paie-t-elle son soutien à la Palestine ?

Depuis plusieurs années, le gouvernement de Pedro Sánchez s’est imposé comme l’un des adversaires européens les plus fermes de la politique israélienne à Gaza. L’Espagne a reconnu officiellement l’État palestinien et son Premier ministre a annoncé en septembre 2025 de nouvelles mesures destinées, selon ses propres mots, à « arrêter le génocide à Gaza ».

Cette position tranche avec l’indulgence habituelle de l’Union européenne, toujours capable de produire dix-sept communiqués avant d’envisager de contrarier sérieusement le gouvernement de Benjamin Netanyahu.

Les publications partagées par Bardem invitent donc à observer la crise de Ceuta autrement que comme un mouvement spontané de dizaines de milliers de personnes. L’Espagne critique Israël, reconnaît la Palestine et subit soudainement une pression considérable sur sa frontière marocaine. Cela ne constitue pas une preuve de causalité. Mais prétendre que le contexte n’existe pas demanderait une solide dose de naïveté.

Le Maroc a déjà utilisé l’immigration comme levier

L’hypothèse relayée par Javier Bardem ne sort pas entièrement d’un scénario hollywoodien. En mai 2021, plus de 10 000 personnes avaient franchi la frontière marocaine pour entrer à Ceuta, parmi lesquelles environ 1 500 mineurs non accompagnés.

Le Parlement européen avait alors accusé explicitement le Maroc d’avoir utilisé l’immigration irrégulière comme un instrument politique. La résolution estimait qu’un déplacement d’une telle ampleur pouvait difficilement être considéré comme spontané.

À l’époque, Rabat voulait faire payer à Madrid l’accueil médical de Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario. Le mécanisme était limpide : desserrer la surveillance frontalière, laisser passer des milliers de personnes et attendre que l’Espagne comprenne le message.

Cinq ans plus tard, la même méthode aurait donc subitement perdu toute dimension politique ? Il faudrait croire que les frontières marocaines s’ouvrent par distraction et que des dizaines de milliers de personnes se présentent simultanément au même endroit par un merveilleux hasard algorithmique.

L’alliance Maroc–Israël n’est pas imaginaire

Le Maroc a normalisé ses relations avec Israël en décembre 2020 dans le cadre d’un accord conclu avec les États-Unis et Israël. En échange, Washington a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Depuis, les coopérations diplomatiques, sécuritaires et militaires entre Rabat et Tel-Aviv se sont renforcées. Cela ne démontre pas qu’Israël aurait organisé la crise de Ceuta. Cela signifie simplement que les intérêts des différents acteurs ne peuvent pas être analysés comme s’ils vivaient sur des planètes séparées.

Un vieux message publié en 2019 par Yair Netanyahu ajoute une touche particulièrement savoureuse à l’ensemble. Le fils de Benjamin Netanyahu avait appelé les Arabes et les musulmans à « libérer » Ceuta et Melilla, qualifiées de terres arabes et islamiques occupées.

Le même camp politique qui hurle aujourd’hui à « l’invasion » migratoire en Europe avait donc trouvé amusant d’encourager la contestation de deux territoires espagnols. La cohérence attendra : en géopolitique, l’indignation change généralement de frontière selon les besoins du moment.

L’Union européenne découvre le prix de sa dépendance

Cette crise rappelle surtout l’échec monumental de la politique migratoire européenne. Bruxelles verse de l’argent à des pays extérieurs pour retenir les départs, puis feint la surprise lorsque ces mêmes gouvernements transforment la frontière en robinet diplomatique.

L’immigration de masse devient alors une marchandise politique. Les migrants servent de levier, les populations européennes supportent les conséquences et les dirigeants de l’Union organisent une réunion d’urgence pour décider de la date de la prochaine réunion.

En partageant ces publications, Javier Bardem a eu le mérite de déplacer le regard. La question n’est pas seulement de savoir qui franchit la frontière, mais qui décide qu’elle restera ouverte, quel message est envoyé à Madrid et quels intérêts sont servis par le chaos.

Accuser sans preuve serait imprudent. Refuser d’observer les précédents, les alliances et les bénéficiaires le serait tout autant. Entre le complot imaginaire et la version officielle avalée sans mâcher, il reste un espace : celui de la politique réelle.


- Source : TRT Français

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