Quand les oligarques s'achètent les hautes sphères... Saadé déplume le renseignement
Le recrutement de Thierry Wiley par CMA CGM n'est pas un simple mouvement de carrière. L'ancien numéro 2 de la Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, passé auparavant par la DGSE et proche collaborateur de Bernard Emié, rejoindra le groupe de Rodolphe Saadé en ce début d'été. Une arrivée qui illustre une tendance de fond, le patron franco-libanais armateur marseillais continue de se payer des profils issus des plus hauts niveaux de l'État.
L'information a été révélée par Le Monde, qui précise que Thierry Wiley sera chargé de centraliser et d'analyser les informations recueillies par le groupe dans les 177 pays où il est présent, afin d'éclairer directement les décisions de Rodolphe Saadé. Une fonction stratégique pour une entreprise devenue un acteur mondial de la logistique, des infrastructures et depuis peu des médias.
Cette nomination intervient dans un contexte particulier. Depuis plusieurs années, CMA CGM recrute d'anciens hauts fonctionnaires, diplomates, militaires et collaborateurs ministériels. On recensait déjà fin 2024 une dizaine d'anciens membres de cabinets gouvernementaux ou de l'administration ayant rejoint le groupe. Parmi eux figurent d'anciens conseillers de Matignon, de Bercy, de l'Élysée ou encore du ministère des Affaires étrangères.
Pour certains observateurs, cette accumulation de profils issus des sphères régaliennes dépasse les seuls besoins opérationnels d'un groupe international. Elle traduit aussi la volonté de Rodolphe Saadé de sécuriser son environnement politique et institutionnel sur le long terme. Son entreprise dépend en effet de nombreux équilibres diplomatiques, fiscaux et réglementaires.
Les liens entre Emmanuel Macron et Rodolphe Saadé ne sont un secret pour personne. Dans une longue enquête publiée en mai 2026, Le Monde décrit des "intérêts bien compris" entre le chef de l'État et le dirigeant de CMA CGM. Le quotidien rappelle leurs relations anciennes, leurs rencontres régulières et les convergences d'intérêts entre un État qui s'appuie sur un champion industriel français et un groupe dont les activités s'étendent désormais bien au-delà du transport maritime, dans des sphères où la communication est reine.
Dans ce contexte, l'arrivée d'un ancien responsable du renseignement peut être interprétée comme un nouvel étage dans la consolidation du dispositif d'influence du groupe. Le choix de recruter un spécialiste des questions de sécurité internationale confirme, s'il en était encore besoin, que Rodolphe Saadé entend continuer à renforcer son entourage avec des personnalités rompues aux mécanismes de l'État.
Cette capacité à attirer les meilleurs profils publics constitue une forme d'assurance pour les années à venir.
- Source : France-Soir












