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Mardi, 07 Juill. 2026

Le cortège funèbre massif en Iran : entre le renforcement de l’identité nationale et les calculs de négociation

Auteur : Laila Nicolas | Editeur : Walt | Mardi, 07 Juill. 2026 - 21h01

Alors que le moment des funérailles approche, le peuple iranien réaffirme sa loyauté envers le drapeau par une mobilisation populaire sans précédent, afin d’envoyer un message au monde extérieur : le peuple iranien rejette les projets étrangers.

Le cortège funèbre massif d’un leader politique ou religieux constitue un moment de grand symbolisme dans la vie des nations, surtout lorsqu’il survient dans le contexte d’un conflit extérieur ou d’un assassinat ciblant un chef d’État.

Dans le cas iranien, l’immense cortège funèbre public du défunt Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, après son assassinat par Israël et les États-Unis pendant la guerre contre l’Iran, peut être considéré comme un acte politique conçu par les Iraniens pour transmettre un message stratégique tant au niveau national qu’international.

Premièrement : Les funérailles comme mécanisme de renforcement de l’identité et de la souveraineté nationales

Du point de vue de la théorie constructiviste en relations internationales, les politiques étrangères ne reposent pas uniquement sur des intérêts matériels, mais aussi sur des idées, des identités et des symboles collectifs.

Les cortèges funèbres massifs d’un fondateur ou d’une figure symbolique de l’État servent à reproduire le récit national et à renforcer le sentiment collectif d’appartenance ainsi que la perception d’une menace partagée. En cas d’assassinat ou d’attaques extérieures, le leader disparu se transforme en un symbole national dont la signification transcende sa figure individuelle, se rattachant à la souveraineté, à la dignité et à l’indépendance de la prise de décision politique de l’État.

Dans ce contexte, le message iranien transmis par la procession funèbre massive peut être interprété comme un message politique adressé tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Le message central est que les pressions extérieures ou les tentatives de renverser le régime en attaquant sa direction échoueront ; au contraire, elles contribuent à renforcer la cohésion nationale autour du régime lui-même.

Le réalisme offre une explication complémentaire à ce phénomène. Les pays soumis à des pressions ou à des menaces extérieures tendent à renforcer leur cohésion interne pour assurer leur survie. Par conséquent, les funérailles du Guide suprême ne sont pas simplement un événement public ou une occasion de deuil, mais font partie d’un processus de reconstruction de la légitimité politique du régime révolutionnaire lui-même.

Malgré le pari des États-Unis et d’Israël sur des soulèvements massifs pour renverser le régime, coïncidant avec des opérations militaires et la guerre, le peuple iranien a démontré son unité lors de deux conflits distincts (2025 et 2026).

Tant les opposants que les partisans du régime ont exprimé leur rejet des interventions militaires étrangères dans les affaires intérieures du pays, et la majorité des Iraniens s’est opposée à la guerre.

Alors que les funérailles approchent, le peuple iranien réaffirme son unité autour du drapeau par une mobilisation publique sans précédent, adressant un message au monde extérieur : malgré la présence d’une opposition politique, ils rejettent les projets étrangers qui sapent et démantèlent potentiellement leur État.

La sensibilité iranienne aux projets de changement de régime peut s’expliquer par le concept de sécurité existentielle, selon lequel les sociétés considèrent la continuité de l’État comme partie intégrante de leur identité collective. Dans ce cadre, les Iraniens (pour la plupart) nourrissent une profonde crainte pour l’État, car l’histoire de l’Iran montre des périodes où ils possédaient un État puissant et une riche civilisation qui ont fini par disparaître. Par conséquent, ils ne sont pas disposés à répéter cette douloureuse histoire à l’ère moderne.

Deuxièmement : L’impact du message sur les négociations avec les Américains

Malgré le puissant symbolisme national et la mobilisation populaire qui entourent l’événement, l’histoire et les précédents iraniens indiquent que la direction de la République islamique prend ses décisions finales sur la base de calculs d’intérêt national, et non de considérations émotionnelles. Dans ce contexte, l’impact de la crise économique, des sanctions internationales, des besoins de l’économie et des exigences de stabilité intérieure ne peut être ignoré en tant que facteurs poussant à l’adoption de politiques iraniennes pragmatiques.

Il convient de noter que l’histoire irano-américaine offre de nombreux précédents de négociations et d’accords indirects, malgré les niveaux élevés de tension et d’hostilité politique.

Le réalisme et la rationalité suggèrent que les pays peuvent parvenir à des accords même au milieu de l’hostilité et de la méfiance, lorsqu’il existe des intérêts communs ou lorsque le coût du conflit dépasse les bénéfices de sa poursuite.

Par conséquent, le cortège funèbre massif ou l’escalade de la rhétorique nationaliste et anti-américaine pendant une période de deuil profond n’excluent pas la possibilité de parvenir à une résolution si la direction iranienne comme la direction américaine continuent de croire qu’un tel accord sert leurs objectifs stratégiques mutuels.

En conclusion, la rhétorique belliqueuse pendant le cortège funèbre ne devrait pas nécessairement entraîner la fermeture des canaux de négociation. Les États ont souvent recours à l’escalade rhétorique pour renforcer leur position de négociation, tant au niveau national qu’international. Par conséquent, le large soutien populaire au Guide suprême pourrait, en fait, accroître la pression sur la position négociatrice de l’Iran, plutôt que de représenter un obstacle définitif à la conclusion d’un accord.

L'auteur, Laila Nicolas, est Professeur titulaire de relations internationales à l’Université libanaise.

Traduction: Le Grand Soir

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Mohammed Marandi : Les funérailles de Khamenei sont les plus grandes de l’histoire de l’humanité

Entretien de George Galloway avec le professeur Mohammed Marandi.

George Galloway : Le professeur Mohammed Marandi, professeur de littérature anglaise et d’orientalisme à l’Université de Téhéran, est un habitué de ce programme, et nous en sommes tous bien plus éclairés. Dans le cadre d’un emploi du temps très chargé, au cœur des commémorations funèbres elles-mêmes, il nous rejoint maintenant. Il va sans dire, j’espère, Professeur, que nos pensées, les pensées de toutes les personnes de bonne volonté, vous accompagnent, ainsi que le peuple iranien, en cette occasion. Ai-je raison de dire qu’il y a une certaine signification dans le fait que beaucoup de mes amis sont là-bas : le Dr Halali, Jackson Hinkle, Patrick Henningsen, beaucoup, beaucoup de nos amis, Max Blumenthal, sont tous là-bas, et je vous ai suivi toute la journée. J’ai remarqué que le drapeau rouge de la vengeance commence à être hissé parmi la foule. Veuillez expliquer à l’auditoire ce que cela signifie, je vous prie.

Le plus grand enterrement de l’histoire humaine

Professeur Mohammed Marandi : Eh bien, merci, George. C’est toujours un grand plaisir et un grand honneur d’être sur votre plateau. Je suis extrêmement sincère, et j’ai toujours été un admirateur de ce programme, et chaque fois que je viens sur le plateau, c’est pour moi un peu comme un étudiant qui passe un examen oral devant le professeur. Je suis donc reconnaissant, et j’espère pouvoir dire quelque chose qui soit digne de votre audience. 

Cette foule aujourd’hui, George, était sans précédent. Je n’ai jamais rien vu de tel de toute ma vie, et je vis dans un pays où nous avons de nombreux rassemblements très importants. Le général Soleimani, lorsqu’il a été martyrisé, c’était immense. L’imam Khomeini, lorsqu’il est décédé en 1989, c’était massif. Le président Raesi, lorsqu’il a été tué dans l’accident d’hélicoptère, qu’il s’agisse d’un accident ou non, je ne sais toujours pas, les foules étaient massives. Mais ce à quoi nous avons assisté maintenant était quelque chose d’entièrement différent.

Je suis parti chez moi presque trois heures avant les prières ce matin, et je n’ai pas pu y arriver. J’étais bloqué avec des centaines de milliers d’autres personnes au sud du complexe, et nous ne pouvions tout simplement pas nous frayer un chemin pour participer aux prières. Cela montre à quel point c’était massif : des millions et des millions de personnes. La foule était telle que nous ne pouvions pas bouger.

C’était donc une extraordinaire démonstration de force. Une immense compassion pour le Guide, sa famille. On pouvait voir que les émotions étaient vives, et cela dure depuis hier. Depuis hier matin les gens arrivaient. Je suis moi-même allé, avec quelques-uns des bons amis que vous avez mentionnés, hier à la Mosalla [salle de prière], et aujourd’hui j’y suis retourné pour la prière, et les foules n’arrêtent pas d’arriver et de repartir.

Demain a lieu la procession funèbre. Elle ira de l’est de la ville vers l’ouest, la procession avec les martyrs, l’ayatollah Khamenei et les membres de sa famille — sa petite-fille, âgée d’un an, son gendre, et l’une de ses filles ont été martyrisés, ils n’étaient pas mari et femme. La procession, j’imagine, sera également massive. C’est probablement le plus grand rassemblement, je pense que c’est le plus grand enterrement de l’histoire humaine, et cela envoie un message aux États-Unis également, et au régime israélien.

Et oui, vous avez raison, des gens venaient me parler du besoin de vengeance, des personnes qui me connaissent grâce aux médias. Et on pouvait voir des gens avec leurs propres affiches, leurs propres banderoles, exigeant vengeance, et il est clair que les Iraniens ressentent le besoin de punir les agresseurs. Maintenant, ce que cela signifie et ce que cela entraînera in fine, je ne saurais le dire, mais cela montre simplement à quel point les Iraniens ordinaires sont en colère contre les États-Unis, contre le régime Trump, contre le régime israélien. Même s’ils ont gagné la guerre, ils estiment que l’ennemi, ceux qui ont assassiné leurs proches, leurs enfants, à l’école de Minab et dans les hôpitaux et ailleurs, méritent une punition supplémentaire.

C’est donc quelque chose que je pense que l’Occident doit prendre en compte. Je ne suis pas les informations, mais je pense que pour la première fois, il y a une certaine reconnaissance du fait que ces foules sont très massives, parce qu’en général en Occident on dit que des milliers d’Iraniens sont descendus dans la rue alors que peut-être un ou deux millions y sont allés, ou au mieux on dira des dizaines de milliers. Mais c’était des millions et des millions de personnes, quand on compte tous ceux qui sont venus et repartis depuis hier jusqu’à maintenant. Le chiffre est tout simplement incroyable.

Un démenti cinglant à la propagande occidentale

George Galloway : Eh bien, le métro de Téhéran a enregistré sept millions de voyages [17 millions de voyages en métro/bus enregistrés entre samedi matin et lundi]. Cela ne tient pas compte de ceux qui ont voyagé par d’autres moyens. Reuters rapporte neuf millions de personnes présentes à l’enterrement lui-même. Disons simplement que c’est la plus grande foule de l’histoire humaine, le plus grand enterrement de l’histoire humaine. Et, comme l’a dit Donald Trump, on lui avait pourtant dit que les Iraniens n’aimaient pas Khamenei. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer de cet aveu de Donald Trump. Je l’entends le dire, c’est un grand bouffon après tout, mais il dit bien ce qui lui passe par la tête, il n’a pas le filtre d’un homme politique. Je l’entends dire : «Regardez toutes ces personnes, regardez toutes ces larmes, on m’a dit que les gens ne l’aimaient pas». Je pense qu’il a peut-être quelques remords de tueur.

Professeur Mohammed Marandi : Eh bien, Trump est Trump, George. Et vous avez raison, rappelez-vous, il y a seulement quelques semaines, afin de justifier le protocole d’accord, qui était très avantageux pour l’Iran et une indication claire de la défaite américaine, il a admis que les États-Unis manquaient de carburant, étaient à seulement quatre semaines d’en manquer. D’habitude, les politiciens ou les dirigeants n’admettraient jamais ce genre de chose. Il a également dit d’autres choses de nature similaire sur l’Iran auparavant, mais cela montre bien, George… Je sais qu’il est connu pour ne pas lire ses briefings de renseignement, etc., mais il rencontre bien le directeur de la CIA, il rencontre bien de hauts responsables du renseignement. Joe Kent était l’un de ses nommés ; il le rencontrait régulièrement. Donc, soit les agences de renseignement lui mentent (oubliez les briefings, mais les responsables eux-mêmes) soit ils lui mentent, soit c’est une combinaison de deux choses.

Parce que si vous suivez les médias occidentaux, ce que je ne fais pas : je suis votre programme, je vous suis, je suis de nombreux autres bons amis, les personnes que vous avez citées tout à l’heure, mais je ne suis aucun de ces grands médias occidentaux sur Twitter, mais si vous suivez les médias occidentaux, c’est le genre de choses que vous croiriez : que ce soit Fox News ou MSNBC ou Sky News ou la BBC ou CNN ou le Guardian ou Breitbart, le Washington Post, peu importe, l’Iran sera présenté comme le mal. Le «régime» iranien, ils l’appelleront toujours «régime». Ils n’appelleront jamais l’Arabie saoudite un régime, ils n’appelleront jamais les Émirats un régime. C’est l’Iran et Cuba qui sont des «régimes». Le «régime» est corrompu, le «régime» est impopulaire, le «régime» s’effondre. Cela me rappelle Piers Morgan, parce que chaque fois qu’il me parle, un mot sur deux est «régime». Donc le «régime» est sur le point de s’effondrer. Et quand il allume la télévision, il regarde d’habitude Fox News, apparemment, c’est ce qu’il va entendre, et c’est ce que disent les analystes américains, et c’est ce qu’il y a dans les livres qu’ils écrivent.

Il y a très peu de livres sur l’Iran contemporain en Occident qui valent la peine d’être lus. Dans un certain nombre d’émissions, j’ai mentionné Going to Tehran de Flynt et Hillary Leverett, qui étaient à la Maison Blanche, un très bon livre. Ou Resistance : The Essence of the Islamist Revolution d’Alastair Crooke, un très bon livre. Ou À Dangerous Delusion de Peter Oborne, également un bon livre, sur le programme nucléaire iranien. Il y a très peu de bons livres à lire à mes yeux. Donc, quand les médias sont hostiles envers l’Iran, quand les analystes sont hostiles envers l’Iran, parce que c’est ainsi que l’on fait publier ses livres, on doit écrire ce que les think tanks ou les éditeurs veulent que vous écriviez, rarement quelque chose de bon en sortira.

Je ne suis donc pas surpris que de hauts responsables aux États-Unis soient hostiles à l’Iran et pensent de cette façon. Mais pour lui dire cela, cela signifie que non seulement les médias et les analystes disent des absurdités, mais aussi que les agences de renseignement, ou du moins ceux qui les dirigent, produisent et lui fournissent également des absurdités.

George Galloway : Eh bien, vous serez heureux d’apprendre, Professeur, que j’envisage peut-être d’écrire le Manuel de l’Iran, j’attends simplement le feu vert pour cela. Il ne sera pas à l’échelle académique des personnes que vous avez citées, mais ce sera un manuel, avec des images et des mots, pour chaque homme, pour chaque femme, une lecture suffisamment rapide. J’adorerais que vous en écriviez la préface, mais nous en parlerons hors antenne.

Maintenant, Professeur, vous avez mentionné de grandes pertes précédentes : le fondateur de la République islamique lui-même, l’ayatollah Khomeini, et le président Raesi, qui a peut-être ou non été assassiné ; aucun de nous ne le sait avec certitude. Mais c’est d’une tout autre dimension, parce que pendant vingt-neuf ans la figure imposante de Khamenei était là. Vous le voyez maintenant reflété dans le deuil du peuple. C’est véritablement le père de la nation, la grande majorité de la nation. Bien sûr, il y aura ceux qui ne sont pas en deuil, mais la grande majorité des Iraniens le sont. Et il semble clair que cela s’est retourné de façon spectaculaire contre les meurtriers, parce que non seulement cela a rallié les Iraniens comme un seul homme, mais cela a montré au reste du monde, qui avait été informé du contraire, que les Iraniens forment un. Cela doit forcément affecter la dynamique de ce qui vient ensuite, dans les négociations ou dans la guerre.

Professeur Mohammed Marandi : Oh, absolument, George. Tout d’abord, je pense que l’ayatollah Khamenei était… Quand on parle de modérés, je pense que la véritable modération c’était ce qu’il était, et être révolutionnaire c’est être modéré. C’était un homme de culture (je sais que vous le savez, mais je le dis pour votre audience), il parlait quatre langues. C’était un homme de lettres ; son persan était excellent, et sa maîtrise de la littérature persane excellente, sa maîtrise de la littérature azérie excellente : le poète azéri le plus célèbre des derniers siècles, ou de tous les temps, Shahriar, était son ami proche. Son arabe était brillant, et bien sûr il était un érudit en études religieuses mais aussi en littérature, et il maîtrisait l’anglais, il lisait des romans en anglais, il lisait les médias occidentaux. Et en même temps, George, c’était lui qui était derrière la stratégie militaire qui nous a menés à la victoire.

Rappellez-vous, il y a quelques années, quand l’Iran a commencé à développer des drones, on se moquait des drones dans le monde entier. Eh bien, les Russes ont été les premiers à découvrir l’utilité des drones, quand les Iraniens ont commencé à les aider avec des drones. Maintenant le monde entier parle de drones, mais ils se moquaient de l’Iran. Ils se moquaient du programme de missiles iranien, et ils ridiculisaient les bases souterraines iraniennes. Ce réseau qu’il a créé à travers le pays pour le défendre, cette doctrine militaire sera enseignée dans les universités militaires pendant des décennies. Il a vaincu la superpuissance, et il a été martyrisé dès le premier jour, et de nombreux commandants également, dans la précédente guerre de douze jours mais aussi dès le premier jour de cette guerre. Donc, sans lui, malgré son absence, en l’absence d’un Guide pendant une semaine entière et de certains des hauts commandants, l’Iran a gagné la guerre. Cela montre simplement le dévouement du peuple iranien, la résilience du peuple iranien, l’héroïsme du peuple iranien. Mais cela montre aussi le génie et la sagesse de son leadership, qui nous a permis d’accumuler ce type de puissance pour vaincre cette coalition, cette coalition maléfique, où nous avons tout récemment vu le secrétaire général de l’OTAN lécher les bottes de Trump, admettant que l’OTAN était profondément impliquée dans la guerre, comme tant d’autres entités.

Je pense donc qu’il était une figure imposante dans l’histoire, un philosophe, un jurisconsulte, et le fait que des millions de personnes soient descendues dans la rue en temps de guerre, alors qu’on nous menaçait avec l’Amérique… Trump lui-même, juste hier, a dit : «si je pouvais bombarder les funérailles et tuer les dirigeants, mais il n’y aurait plus personne avec qui négocier». Eh bien, cela signifie tuer des milliers de personnes qui y participent. Et bien sûr, personne en Occident ne se plaint. Vous ne voyez pas les parlements européens indignés, vous ne voyez pas les médias ou les journalistes occidentaux indignés par cela. Ils s’en fichent.

Et cela montre simplement que Trump n’est pas une exception à la règle : ils sont tous pareils. Les élites politiques (occidentales) sont les ennemies du peuple iranien, et elles sont aussi les ennemies de leurs propres peuples. Mais je pense qu’il était une figure imposante, et le fait que tant de millions de personnes soient descendues dans la rue à un moment où nous ne sommes pas vraiment en paix, et par des températures excessives… Vous savez, à Téhéran en été, la chaleur c’est 35, 36 degrés. Comme je l’ai dit, il m’a fallu trois heures pour y arriver et je n’ai pas pu m’approcher de la Mosalla, et quand je suis finalement rentré chez moi j’ai dû dormir quelques heures tellement j’étais épuisé.

Ce dévouement que vous voyez parmi le peuple iranien, il y a une raison à cela. Et vous le savez aussi bien que moi, les Iraniens sont très instruits, ils comptent parmi les sociétés les plus instruites du monde. La propagande anti-iranienne est énorme : les médias en langue persane en Occident qui sont hostiles à l’Iran, il n’y a rien de comparable en russe ou en chinois. Les Iraniens reçoivent de la propagande anti-iranienne quotidiennement. Ils subissent des sanctions de pression maximale, de multiples guerres menées contre eux, et pourtant malgré tout cela, ils sortent par millions. Eh bien, il y a une raison à cela, et c’est parce qu’ils savent que l’ayatollah Khamenei était une personne décente, extrêmement décente, morale, qui se souciait des opprimés, qui se souciait des défavorisés à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il se souciait du peuple palestinien, il se souciait des Vénézuéliens et des Cubains et de quiconque était opprimé. Quand il était président, il s’est rendu dans les États frontaliers d’Afrique australe pour les aider dans la résistance contre l’Afrique du Sud de l’apartheid. Et c’est pourquoi, quand Nelson Mandela a finalement été libéré, l’homme que les États-Unis considéraient comme un terroriste, l’un des premiers pays où il s’est rendu était l’Iran, et il a rendu visite à l’ayatollah Khamenei et l’a appelé «mon leader» par grand respect. Donc les gens voient cela. Et tandis que l’Occident le diabolise jour et nuit, les gens à travers le monde voient maintenant à travers la propagande. Ils voient tous ces gens dans les rues, et ils savent que cela signifie quelque chose, mais ce n’est pas ce qu’on leur dit.

Les voisins arabes, entre calcul et compromission

George Galloway : Cela a dû avoir un grand impact sur les voisins. De manière inattendue, le Royaume d’Arabie saoudite a envoyé une délégation, qui s’est conduite de manière très respectueuse aux funérailles. Cela doit être une leçon salutaire pour les voisins, l’ensemble de la chose, depuis le début de la guerre du Ramadan jusqu’aux funérailles elles-mêmes.

Professeur Mohammed Marandi : Sans aucun doute. Bien sûr, s’ils en tirent des leçons, nous ne le savons pas. Les Saoudiens permettaient aux Américains de ravitailler en carburant les avions du régime israélien pour bombarder l’Iran, et ravitaillaient leurs propres avions pour tuer des enfants iraniens tout au long de la guerre. Et quand la délégation saoudienne est venue en Iran, cela n’a pas échappé aux Iraniens ordinaires qui suivaient les informations ou regardaient les délégations à la télévision.

Mais les Iraniens veulent provoquer un changement dans la région. Ils veulent que ces pays s’éloignent de l’empire, pour devenir plus souverains. Maintenant, ils sont tous des auxiliaires, et ils sont tous compromis — il y a des noms dans les dossiers Epstein — mais l’Iran mène des négociations en tête-à-tête avec tous les pays qui étaient impliqués dans la guerre. Je ne sais pas pour la Jordanie, mais les pays du golfe Persique — il y a eu quelques succès, quelques changements. Si vous avez remarqué, lors des dernières fois où les Américains ont violé le cessez-le-feu, quand les Iraniens ont riposté, ils ont bombardé des bases américaines à Bahreïn et au Koweït, mais ils n’ont pas bombardé l’Arabie saoudite ou le Qatar, ni même les Émirats. Il y a une raison à cela, j’en suis sûr — certains accords. Mais qui sait, parce que ce sont des régimes très liés à l’Occident.

Quand les Iraniens ont brisé le blocus sur le Yémen — une autre question très importante — les Saoudiens ont tenté d’empêcher l’avion de passagers iranien d’atterrir dans la capitale. L’avion a bien atterri, et les défenses aériennes du Yémen ont forcé les avions saoudiens à partir. Mais le simple fait que les Saoudiens harcèlent un avion de ligne iranien et tentent de bloquer l’aéroport au Yémen montre qu’il n’est toujours pas clair dans quel sens les choses vont aller. L’espoir est qu’ils retrouvent la raison, reconnaissent que les États-Unis ne leur apportent rien de bon — ils ont apporté tant de ruine à la région et ne se soucient que du régime israélien. Mais encore une fois, ce sont des dictatures familiales, liées à l’Occident, et beaucoup d’entre elles sont profondément compromises. Donc nous devrons attendre de voir.

Note (Simurgh) : Lors des funérailles du dirigeant martyr en Iran, un protocole précis prévoyait que chaque délégation se voie réciter un verset coranique choisi pendant qu’elle se tenait devant la dépouille. Ces versets n’étaient pas choisis au hasard : ils portaient certains messages. En voici quelques-uns :

Délégation saoudienne : Sourate Âl-’Imrân (3), verset 13

«Il y avait déjà pour vous un signe dans ces deux troupes qui s’affrontèrent : l’une combattait dans le chemin de Dieu, et l’autre était mécréante. Ces derniers voyaient (les croyants) deux fois plus nombreux qu’eux-mêmes, à vue d’œil. Or, Dieu secourt de Son appui qui Il veut. Il y a certainement là un exemple pour ceux qui ont des yeux pour voir».

Délégation des cheikhs tribaux irakiens : Sourate Al-Ahzâb (33), verset 1

«Ô Prophète ! Crains Dieu et n’obéis pas aux mécréants et aux hypocrites, car Dieu est Omniscient et Sage».

Délégation turque : Sourate An-Nisâ’ (4), verset 95

«Ne sont pas égaux, parmi les croyants, ceux qui restent chez eux (sauf ceux qui ont quelque infirmité) et ceux qui luttent corps et biens dans le chemin de Dieu. Dieu a donné à ceux qui luttent corps et biens un grade plus élevé qu’à ceux qui restent chez eux. Et à chacun, Dieu a promis la meilleure récompense ; mais Dieu a mis les combattants au-dessus des non-combattants, en leur accordant une rétribution immense».

Délégation du gouvernement libanais : Sourate An-Nisâ’ (4), verset 66

«Si Nous leur avions prescrit ceci : “Tuez-vous vous-mêmes”, ou : “Sortez de vos demeures”, ils ne l’auraient pas fait, sauf un petit nombre d’entre eux. Et s’ils avaient fait ce à quoi on les exhortait, cela aurait été meilleur pour eux, et (leur foi en aurait été) plus affermie».

Délégation du Hezbollah : Sourate Âl-’Imrân (3), verset 139

«Ne vous laissez pas battre, ne vous affligez pas, alors que vous êtes les plus forts, si vous êtes de vrais croyants».

Délégation du Hamas – Sourate Al-Ahzâb (33), verset 23

«Parmi les croyants, il y a des hommes qui ont été fidèles à l’engagement qu’ils avaient pris envers Dieu. Certains d’entre eux ont rempli leur engagement jusqu’à la mort, d’autres attendent encore, et ils n’ont pas changé le moins du monde (leur détermination)».

Note du Cri des Peuples : l’Algérie, qui n’avait pas eu le courage de répondre à l’appel du Hamas, n’a pas eu le courage d’envoyer une délégation en Iran, cédant à nouveau aux menaces de Trump, mais nous proposons Sourate At-Tawbah (9), verset 13 :

«Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments, qui ont voulu bannir le Messager et qui ont été les premiers à vous attaquer ? Les craignez-vous ? Dieu est plus digne que vous Le craigniez, si vous êtes croyants».

George Galloway : Eh bien, si j’avais illégalement volé et gelé l’argent de quelqu’un d’autre, et que j’avais ensuite vu cette personne repousser l’assaut américain et israélien contre son pays, et que j’avais ensuite constaté qu’il n’y avait aucun moyen que le gouvernement et le système de ce pays dont je détenais l’argent ne cède jamais sous la contrainte… Si je voyais qu’il y avait des dizaines de millions de partisans du gouvernement à côté de chez moi, je rendrais bel et bien l’argent que j’avais volé, et toute personne sensée ferait de même. Je prédit donc que vos négociations se dérouleront mieux à la suite de ce qui a été démontré dans les rues de Téhéran.

Vers une désescalade ou vers la guerre ?

Pour finir, Professeur, le grand espoir du monde, qui a maintenant beaucoup d’enjeux dans la partie, des enjeux économiques, et vous avez bien sûr des enjeux réels dans la partie, ainsi que le reste des gens de la région, l’espoir est que de tout cela résulte un accord qui puisse mettre fin à la guerre. Dans quelle mesure êtes-vous optimiste quant à la possibilité que cela soit réalisé, à l’issue de négociations très particulières ? Trump continue d’annoncer que l’Iran lui a demandé une réunion : il ne dit jamais qui lui a demandé, si c’était un restaurateur iranien à Washington ou personne du tout, il ne nous le dit jamais. Mais quoi qu’il en soit, la plupart des gens espèrent que cela pourra être résolu par la négociation plutôt que par un retour à la guerre. Dans quelle mesure êtes-vous optimiste à cet égard ?

Professeur Mohammed Marandi : Je ne suis pas très optimiste, George, parce que la nature de l’empire, comme vous le savez mieux que moi, est telle qu’il ne peut vraiment pas se réformer lui-même. Il ne peut pas changer de cap. Et c’est la raison pour laquelle, quand il est en déclin, il s’effondre rapidement, parce qu’il continue de poursuivre des modèles qui ne fonctionnent plus.

J’espère que les États-Unis retrouveront la raison, et je suis tout à fait d’accord que cette démonstration de force dans les rues de Téhéran aura un impact. Et au fait, les funérailles se rendront aussi en Irak, et je pense que les foules en Irak (nous savons à quel point il fait chaud là-bas aussi) seront elles-mêmes une autre démonstration de force. Mais je ne sais pas. En ce moment, les Iraniens comptent sur le levier qu’ils ont, le détroit d’Ormuz, et ils font preuve de patience pour l’instant, mais si la patience iranienne s’épuise, ils vont faire pression sur les États-Unis. Il est manifestement dans l’intérêt de tous que les États-Unis acceptent l’accord et passent à la suite. Mais le régime israélien ne veut pas de cela. Les partisans d’Israël en premier aux États-Unis ne veulent pas de cela. Quand Joe Kent a démissionné au début de la guerre (il avait été nommé par Trump chef du contre-terrorisme) il a dit très clairement que l’Iran n’était pas une menace pour les États-Unis, que l’Iran ne poursuivait pas d’arme nucléaire, que cette guerre concerne le lobby sioniste et le régime israélien. Les partisans d’Israël ne sont pas partis, ils ne sont allés nulle part (ils sont toujours en poste).

La seule chose à laquelle je peux penser qui pourrait provoquer un changement, c’est bien sûr la force de l’Iran, cette démonstration de force aujourd’hui en fait partie. La seule autre chose à laquelle je peux penser, c’est que les problèmes aux États-Unis, les problèmes économiques, pourraient forcer Trump, et peut-être certains des sionistes aux États-Unis, à conclure qu’il est temps que Netanyahou parte. Il a détruit l’image du régime israélien : Israël est connu pour être génocidaire, connu pour être néfaste à l’économie mondiale. Peut-être que certains sionistes aimeraient un ravalement de façade pour le régime, et eux aussi voudraient qu’il parte. Et donc, si le pouvoir de Netanyahou diminue… Et je crois vraiment que les différences entre Netanyahou et Trump sont réelles ; certains ne sont pas d’accord, ils pensent que c’est (une comédie de type) bon flic, mauvais flic, mais je pense vraiment que c’est réel, bien sûr je n’ai aucune information de l’intérieur, mais le ton que Trump utilise est blessant pour Netanyahou, donc je pense vraiment que c’est réel. Si le pouvoir de Netanyahou diminue, alors je pense qu’il y a une forte incitation pour les États-Unis à évoluer vers la désescalade.

Mais le sionisme est une force puissante, et ils contrôlent le Sénat, la Chambre et la Maison-Blanche. Donc si j’étais un parieur (ce que je ne suis pas) je ne miserais pas sur la paix.

source : George Galloway via Le Cri des Peuples

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Réflexions sur la cérémonie funéraire à Téhéran

par M.K. Bhadrakumar

Le gouvernement [indien] a pris la grande décision de nommer le gouverneur du Bihar, le lieutenant-général Syed Ata Hasnain pour représenter le pays aux funérailles du défunt Guide suprême iranien, l’Ayatollah Ali Khamenei. C’est un choix inhabituel de déléguer un général à la retraite pour les funérailles d’une figure religieuse vénérée, mais un choix réfléchi dans le but d’injecter de la verve dans les relations bilatérales et de rétablir l’équilibre dans les politiques de l’Inde au Moyen-Orient.

En effet, la cérémonie funéraire à Téhéran s’avère être un événement extraordinaire d’un genre que le monde a rarement vu, dans un élan spontané de respect et de chagrin. Il porte un immense symbolisme politique — équivalent à une dénonciation de l’horrible meurtre exécuté par le président américain Donald Trump et son complice le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Comme Shakespeare l’a dit «Car le meurtre, même s’il n’a pas de langue, parlera».

De telles funérailles d’État sont des événements internationaux avec de grandes opportunités pour la diplomatie. L’événement à Téhéran se déroule dans un contexte extraordinaire de dynamique du pouvoir — à la fois en Iran et au niveau régional et international.

Du point de vue indien, la plus grande curiosité sera sur la possibilité que le général indien se retrouve face à face avec le maréchal pakistanais Asim Munir qui a accompagné le Premier ministre Shahbaz Sharif à Téhéran. Si un tel événement devait se produire, quelques échanges de plaisanteries s’ensuivraient, ce qui pourrait éventuellement faire du bien. En tout cas, les impressions de première main du général Hasnain sur un esprit intellectuel, humaniste et militaire seront perspicaces. J’espère qu’il les racontera dans sa biographie.

Le Pakistan est bien lancé ces derniers temps et le maréchal Munir sera très courtisé à Téhéran. Le New York Times et le Washington Post ont publié des informations, manifestement basées sur des informations de haut niveau de la CIA, selon lesquelles Israël préparait un complot visant à assassiner le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, mais une dénonciation des Américains a contrecarré le complot.

Cependant, selon d’autres rapports, tout cela s’est réellement passé il y a deux mois à l’approche des pourparlers historiques de haut niveau américano-iraniens en face à face à Islamabad les 11 et 12 avril en présence du vice-président américain JD Vance, Ghalibaf et Araghchi. Il semble que l’agence de renseignement pakistanaise ait découvert le complot israélien et prévenu les Américains et que le complot ait avorté. De toute évidence, les mots de gratitude effusifs adressés aux autorités pakistanaises par Trump et Vance pour leur rôle dans la facilitation des pourparlers avec les Iraniens peuvent maintenant être mis en contexte. Le moment choisi par les Américains pour divulguer cette histoire est intriguant.

La Chine et la Russie, qui peuvent être considérées comme des quasi-alliés de l’Iran, ont délégué des hauts fonctionnaires pour représenter leurs gouvernements. En particulier, la présence de Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Russie [et ancien président et Premier ministre] est à l’honneur. Medvedev occupe de facto la position de numéro 2 dans la hiérarchie du Kremlin. Il est un associé politique de longue date du président Vladimir Poutine.

De même, Medvedev dirige la Commission militaro-industrielle russe, qui est un poste puissant supervisant l’industrie de la défense dans son ensemble. Medvedev était accompagné d’une équipe de hauts fonctionnaires. Ce voyage peut être considéré comme une «visite de travail».

À la veille de la visite de Medvedev, des sources russes ont révélé que l’usine d’aviation de Komsomolsk-sur-Amour (également connue sous le nom d’usine d’aviation Youri Gagarine située sur la rive orientale éloignée du fleuve Amour à Khabarovsk, en Extrême-Orient russe) avait achevé la production du premier lot de 20 avions de combat «Super Flanker» Su-35 commandés par l’Iran.

Le Sukhoi Su-35 est un formidable avion de chasse, un bimoteur de 4,5eme génération, super manœuvrable, doté d’une avionique avancée, de moteurs à vecteur de poussée 3D et du puissant radar passif à balayage électronique N35 Irbis-E avec la rare capacité de fonctionner à partir d’aérodromes courts ou improvisés, ce qui le rend moins dépendant des principales bases aériennes et plus difficile à neutraliser.

Des documents divulgués par le gouvernement russe, publiés fin 2025, suggéraient que l’Iran avait commandé 48 chasseurs Su-35 au total, conformément à un accord de défense avec l’Iran deux ans plus tôt. La Russie accélérerait donc les livraisons à l’Iran qui pourraient commencer en 2026.

L’armée de l’air iranienne s’est longtemps appuyée sur des avions vieillissants de fabrication occidentale acquis avant la révolution de 1979. Bien que l’Iran ait développé l’un des arsenaux balistiques les plus puissants de la région, ses capacités aériennes nationales restent relativement faibles. Les analystes affirment que l’arrivée des chasseurs Sukhoi Su-35 pourrait considérablement renforcer la puissance aérienne de l’Iran et étendre sa capacité à mener des opérations à longue portée.

Il ne fait aucun doute que le voyage de Medvedev à Téhéran signale la volonté du Kremlin de renforcer les liens militaires avec l’Iran en raison de la force des circonstances, à un moment sensible où une confrontation militaire entre la Russie et l’OTAN n’est plus un scénario farfelu. Ces circonstances comprennent :

  • L’expansion de l’OTAN dans la région de la Baltique ;
  • La participation directe de Washington, une fois de plus, à la guerre par procuration ukrainienne, en particulier dans l’escalade et l’intensification des attaques au plus profond de la Russie avec des missiles à longue portée ;
  • La Finlande et la Lituanie qui préparent le déploiement d’armes nucléaires américaines dans les régions frontalières de la Russie ;
  • Les tensions croissantes en mer Baltique ;
  • Les menaces à la sécurité contre la Biélorussie, proche alliée de la Russie et voisine de sa base nucléaire dans l’enclave de Kaliningrad ;
  • Les déclarations répétées des dirigeants européens exhortant les citoyens à se préparer à une guerre contre la Russie ;
  • L’impasse dans laquelle se retrouvent les pourparlers de paix américano-russes.

De manière significative, Poutine ne fait plus la différence entre les États-Unis et ses alliés européens en tant qu’adversaires. Dans un avertissement inhabituellement brutal, Poutine a déclaré la semaine dernière que la Russie ne serait pas prise par surprise, comme cela s’était produit lorsque l’Allemagne nazie avait lancé l’opération Barbarossa contre l’Union soviétique.

De même, la situation sécuritaire dans la région de la mer Noire a radicalement changé. Des attaques quotidiennes contre la Crimée ont lieu et la route et les liens de la péninsule avec l’arrière-pays russe sont perturbés. L’état urgence a été déclarée. Une poussée militaire massive des forces russes vers Kiev est en prévision, alors que le Kremlin cherche une victoire militaire totale et estime que rien de moins qu’un changement de régime en Ukraine ne peut mettre fin à la guerre.

Dans l’ensemble, avec le rapprochement du président turc Recep Erdogan avec Trump, ainsi que les réalignements dans la région Transcaucasienne ces derniers mois — en particulier l’Arménie — l’importance stratégique de l’Iran pour la Russie est devenue critique. La Russie ne peut tout simplement pas permettre la capitulation de l’Iran. Et à Téhéran aussi, il ne sera pas passé inaperçu que les nations occidentales étaient complètement absentes des cérémonies funéraires.

M.K. Bhadrakumar

source : Indian Punchline via Le Saker Francophone


- Source : Al-Mayadeen (Liban)

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