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Vendredi, 30 Sept. 2022

Révisez vos connaissances sur le feuilleton Takieddine - Libye

Auteur : Gilles Devers | Editeur : Stanilas | Dimanche, 21 Avr. 2013 - 00h05

Nouvel épisode dans le feuilleton des aventures de Takieddine, le héros faisandé du clan Sarko, en Libye. Hier vendredi, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire  pour « corruption active et passive », « trafic d'influence », « faux et usage de faux », «abus de biens sociaux », « blanchiment, complicité et recel de ces délits ». Guéant a de suite protesté en expliquant que c’était une manœuvre car Sarko est redevenu en tête des sondages. Trop drôle… Dis , Guéant, pourquoi tu tousses ?

Nous avons découvert le sympathique et entreprenant Takieddine pour son rôle dans les contrats Agosta de vente de sous-marins au Pakistan en 1994. Une très mauvaise opération, déconseillée par tous les services, mais conduite sous la signature de Balladur alors premier ministre, et ayant donné lieu à d’importantes commissions pour les intermédiaires pakistanais. La justice enquête sur des rétro-commissions, illégales.
Le gros soupçon, c’est que le marché a été conclu pour que ces rétro-commissions financent la campagne de Balladur en 1995. Balladur, qui se présentait contre Chirac, n’avait l’argent du RPR, et comme les comptes de sa campagne laissent apparaitre de gros apports en liquide, les questions finissent par se préciser. Un jour, viendront les réponses, devant un tribunal.
Des photos publiées depuis montrent les belles vacances de Takieddine avec Hortefeux, Copé, et Gaubert. C'est clairement dans le clan du RPR opposé à Chirac.
Vient votre nouveau feuilleton, avec pour décor la Libye.


Première période 2005 et 2007
A cette époque, Guéant est directeur de cabinet de Sarko, alors ministre de l'Intérieur, qui se prépare aux présidentielles, et n’est pas sûr de pouvoir compter sur l’UMP. Or, une campagne électorale, ça coûte des sous…
Cette période a été celle d’une activité intense entre le ministère de l’Intérieur et les dirigeants libyens, attestée par de nombreux documents publiés par Mediapart, avec des lettres signées par Sarkozy ou Guéant. La Libye était alors très isolée, et des pourparlers sont engagés pour « établir une coopération sérieuse dans tous les domaines de la sécurité ». Dans les courriers, on parle « sécurité » et « contrats », et Takieddine est à la manoeuvre.
En cause notamment, un gros marché de surveillance des frontières par la Sagem, mais Chirac casse l’affaire au profit de Dassault, puis pour la surveillance électronique qui sera obtenue par la société française i2e, devenue Amesys, ou la fabrication de passeports et de cartes d'identité biométriques, avec la société Sagem. Il y a encore un contrat est signé pour 33 millions d'euros avec la marine libyenne pour i2e, avec une commission de 4,5 millions pour Takieddine...
Guéant le dir’ cab est en première ligne, et comme les courriers montrent une implication pour aider Takieddine, on se pose les questions des contreparties éventuelles.

De 2007 à 2011 : Kadhafi, mon ami
Après la victoire de Sarko, la Libye se retrouve vite au menu, avec un engouement pour libérer les infirmières bulgares, par l’implication de Guéant et de Cecilia Attias, alors Mme la présidente… qui remplace les diplomates. Une action très intéressée, car il s'agit de sortir la Libye de l'isolement.  Suite à ce cirque, est créée une commission parlementaire, et Guéant affirme : « Il n'y a eu aucune contrepartie, je l'ai déjà dit et je le répète: la France n'a pas déboursé un centime ; la France n'a pas conclu le moindre contrat pendant les discussions sur la libération des infirmières et du médecin ; la France n'a pas échangé leur élargissement contre des perspectives de coopération supplémentaires. » Problème. Les courriers depuis publiés par Mediapart montrent un Takieddine frétillant devant les belles affaires qui vont se concrétiser, et on trouve un courrier du 20 juillet par lequel Guéant annonce l'intention de la France de « renforcer sa coopération bilatérale, dans le domaine du développement technologique, du nucléaire civil, de la défense et de la formation avec la Libye ». De fait, de nombreux documents montrent l’importance du business brassé par Takieddine, jamais loin de Guéant. Fin 2007, c’est la visite de Kadhafi en France,  avec tous les honneurs fin 2007.


Mars 2011 : la guerre
Depuis début 2011,  Sarko excité par BHL, fait monter la pression sur la Libye, pour se faire pardonner son soutien à Ben Ali et Moubarrak, et se préparer une suite plus tranquille avec un leader docile.  Le 4 mars 2011, Takieddine fait un voyage en Libye avec des journalistes du JDD pour une interview de Kadhafi. Quelque jours plus tot, Saïf Al-Islam, l'un des fils de Mouammar Kadhafi, avait accusé sur Euronews : « Il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale ». Takieddine explique au juge d’instruction  s’être fait confirmer le propos et avoir râlé parce qu’il n’était pas dans le coup : « Saïf Al-Islam, que j'ai rencontré lors de ma dernière visite en Libye, le 4 mars 2011, m'a répondu 'oui' à la question : 'Ce que vous avez déclaré à la télévision au sujet du financement de la campagne de M. Sarkozy en 2007, est-ce vrai ?' Je lui ai demandé comment cela avait été possible sans que j'aie été mis au courant, alors qu'il savait très bien que j'étais tout le temps entre les deux. Il m'a expliqué que cela faisait partie des affaires réservées qui ne me concernaient pas. Le montant n'est pas évoqué ». Le 5 mars, à son retour à l'aéroport du Bourget, Takieddine se fait arrêter et il est porteur de 1,5 million d’euros en liquide. Il explique au juge Van Ruymbeke : « Je suis convaincu que j'ai fait l'objet de cette interpellation et d'une fouille corporelle par le fait que M. Guéant était persuadé que je détenais des preuves de ce financement, à savoir les éléments dont Saïf avait fait état dans ses déclarations. Depuis je n'ai plus eu le moindre contact avec M. Guéant ». Takieddine explique que l’argent lui a été remis pour des retards de commissions, mais cet argent peu aussi très bien venir de l’Etat ou de ses filiales.

La procédure
Le 29 novembre 2012, le parquet de Paris confie aux juges Van Ruymbeke et Roger Le Loire une information judiciaire portant sur ce 1,5 million d'euros en espèces pour « manquement à l'obligation déclarative, blanchiment, corruption, recel et complicité de ces délits ».
En cinq mois, les juges ont récupéré de nombreux documents, et c’est bien tout le problème. Plusieurs anciens responsables libyens affirment avoir des déclarations à faire sur ces histories de financement, mais la plupart sont détenus en Libye. Avec Takieddine qui ment plus vite que son ombre et le liquide, c’est pas facile d’avancer. Mais quand il y a des courriers, des contrats et qu’on a récupéré un max de liquide, ça change tout. Depuis vendredi, c’est donc un nouveau volet : « corruption active et passive », « trafic d'influence », « faux et usage de faux », «abus de biens sociaux », « blanchiment, complicité et recel de ces délits ». Il s’est passé beaucoup de choses entre 2005 et 2011. Takieddine brassait de grosses affaires et on va beaucoup en apprendre sur les mœurs commerciaux dans le secteur du pétrole des armes et de la surveillance électronique. Mais on cherchera à savoir si Guéant et Sarko se sont démenés dans la réalisation de ces contrats seulement pour que Takieddine fasse de belles affaires, ou s’il y avait d’autres motifs.


- Source : Gilles Devers

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