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Jeudi, 22 Oct. 2026

Attal et Philippe se déchirent pour les lycéens

Auteur : E&R | Editeur : Walt | Jeudi, 22 Oct. 2026 - 19h43

Chaque jour, depuis bientôt un mois, près d’un demi-million de lycéens, d’étudiants et d’enseignants battent le pavé en France pour dénoncer le délabrement structurel d’un système éducatif à bout de souffle. Ils exigent un plan d’urgence de dix milliards d’euros pour le bâti scolaire et l’abrogation définitive de la plateforme Parcoursup. Le pays fait face à des blocus massifs de lycées et à des universités paralysées par la contestation.

Face à ce séisme social, les deux prétendants centristes à l’Élysée, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont choisi d’ouvrir les hostilités. Infiltration des cortèges, pactes financiers intenables et réformes court-termistes : les deux anciens Premiers ministres rivalisent d’imagination pour se poser en sauveurs [1]. Pourtant, les statistiques de l’OCDE et les arbitrages budgétaires passés sont têtus. Enquête sur un affrontement opportuniste où les donneurs de leçons d’aujourd’hui s’avèrent être les architectes de la faillite d’hier.

Soucieux de faire grimper des cotes de popularité en berne ou frôlant l’inexistence, les rivaux centristes Gabriel Attal et Édouard Philippe tentent d’investir le mouvement en envoyant leurs propres officines militantes à la conquête des jeunes. Gabriel Attal, soutenu par le parti Renaissance et la cellule Les Jeunes en marche, déploie ses réseaux directement dans le secondaire et auprès des étudiants [2]. En face, le leader d’Horizons, Édouard Philippe, s’efforce d’investir les campus universitaires et les réseaux de stagiaires à travers ses branches dédiées, Les Jeunes avec Édouard et Génération Édouard. Cette tentative d’infiltration sous pavillon centriste frise l’ironie politique tant la marque macroniste s’avère aujourd’hui repoussante pour une jeunesse en colère.

Pour s’imposer face à la colère de la rue et couper l’herbe sous le pied de son rival, Gabriel Attal a dégainé lors d’un récent meeting à Lyon son « pacte pour la jeunesse » [3]. L’ancien Premier ministre promet ainsi une « véritable révolution du temps scolaire » : entendez là stopper les cours fondamentaux à 15 heures pour laisser place au sport et à la culture, restructurer en urgence le bâti scolaire face aux « nouvelles réalités thermiques » et annuler les suppressions de postes d’enseignants. D’un point de vue économique, ce catalogue de promesses relève du pur mirage comptable. À l’heure où le budget français est miné par un déficit abyssal et où l’austérité est imposée par l’exécutif pour redresser les comptes publics, l’État n’a objectivement pas le premier centime pour financer ces annonces. Alors que le Projet de loi de finances vient précisément de valider de nouvelles purges à la rentrée (dont le non-remplacement de centaines d’enseignants), le patron de Renaissance multiplie les chèques en bois et les promesses en l’air.

Une brèche dans laquelle s’est immédiatement engouffré Édouard Philippe. Le maire du Havre critique ouvertement la stratégie de son ancien ministre de l’Éducation nationale, affirmant que les réformes phares d’Emmanuel Macron, du « choc des savoirs » à la rigidité de « Parcoursup », sont des échecs patents qui n’ont fait qu’aggraver la crise systémique de l’école. Pour autant, le projet éducatif d’Édouard Philippe lui-même ne propose aucune issue réaliste. Sa propre feuille de route mise sur une autonomie radicale accordée aux chefs d’établissement, transformés en managers, et sur l’instauration d’amendes dissuasives pour les parents d’élèves absentéistes ou perturbateurs. Quant à sa promesse de rehausser le salaire des enseignants de 20 %, elle repose sur un calcul d’une lâcheté économique sidérante : spéculer sur la « baisse démographique naturelle du nombre d’élèves » (la France devant perdre des centaines de milliers d’élèves d’ici 2035) pour justifier la fermeture de classes et faire des économies d’échelle, plutôt que d’injecter de réels investissements publics [4].

La guerre des mots fait rage entre les deux prétendants centristes à l’Élysée. Dans l’entourage de Gabriel Attal, on qualifie volontiers Édouard Philippe de candidat « rétrograde aux idées d’il y a vingt ans », critiquant la rigidité de sa ligne pseudo- conservatrice. À l’inverse, le leader d’Horizons estime que son jeune rival ne mesure pas la gravité de la crise et manque de la stature nécessaire pour gouverner le pays.

Derrière les discours de ces deux politiciens, les chiffres de l’Éducation nationale, eux, dressent le bilan d’un désastre absolu [5]. Les résultats du classement mondial de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) placent la France à ses pires niveaux historiques. Entre 2022 et la dernière évaluation, la France a plongé de 16 points en mathématiques (score de 458) et de 18 points en compréhension de l’écrit (score de 456). Cela signifie que près de 36 % des élèves français de 15 ans ne maîtrisent pas le niveau minimum en mathématiques. Les enquêtes de l’OCDE rappellent que la France investit 13 % de moins que la moyenne européenne pour un élève du primaire, privilégiant une centralisation bureaucratique au détriment du salaire des professeurs et de la maintenance des classes. Aujourd’hui, environ 11 % des enseignants du secondaire ne sont pas pleinement qualifiés – le ministère ayant un recours massif aux contractuels – et seuls 4 % des enseignants français estiment que leur profession est valorisée dans la société, le pire score de toute la zone OCDE.

Au-delà des postures théâtrales dont sont coutumiers les politiciens, le spectacle de ces deux figures du bloc central donne une profonde sensation de cynisme politique. Gabriel Attal et Édouard Philippe s’érigent aujourd’hui en sauveurs de l’école publique et prétendent détenir les solutions miracles. Pourtant, leur bilan respectif les trahit et les condamne. En tant que Premiers ministres et piliers absolus de la macronie, ils ont tous deux été les architectes et les exécutants directs des politiques de coupes budgétaires drastiques et des réformes managériales qui ont méthodiquement achevé d’asphyxier et de délabrer le système éducatif national. Ce sont leurs gouvernements successifs qui ont validé la suppression de près de 10 000 postes d’enseignants au total sur les budgets successifs sous couvert d’optimisation, tout en mettant en œuvre le très controversé Parcoursup. Après avoir activement participé à détruire la machine éducative, à laisser pourrir les bâtiments sous des vagues de chaleur sans climatisation et à précariser le corps enseignant, ces deux politiciens se disputent aujourd’hui l’héritage des dégâts en se renvoyant la faute. Ils s’accordent principalement sur « ce qu’il ne faut pas faire », mais demeurent bien incapables d’offrir la moindre issue crédible, humaine et finançable à la jeunesse de France.

Notes:

[1] Présidentielle : Gabriel Attal à la conquête des étudiants et des jeunes actifs
https://www.lejdd.fr/politique/presidentielle-gabriel-attal-a-la-conquete-des-etudiants-et-des-jeunes-actifs-185718

[2] Présidentielle 2027 : avec son « pacte pour la jeunesse » Gabriel Attal espère relancer sa campagne
https://www.la-croix.com/politique/presidentielle-2027-avec-son-pacte-pour-la-jeunesse-gabriel-attal-espere-relancer-sa-campagne-20261009

[3] Présidentielle : Gabriel Attal présente son « pacte pour la jeunesse » lors d’un meeting et vise le RN et LFI
https://www.bfmtv.com/politique/la-republique-en-marche/presidentielle-gabriel-attal-presente-son-pacte-pour-la-jeunesse-lors-d-un-meeting-et-vise-le-rn-et-lfi_AD-202610100323.html

[4] Édouard Philippe au Figaro : « J’envisage une augmentation de 20 % de la rémunération moyenne des enseignants en cinq ans »
https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/edouard-philippe-au-figaro-j-envisage-une-augmentation-de-20-de-la-remuneration-moyenne-des-enseignants-en-cinq-ans-20260824

[5] PISA 2025 : les acquis des élèves de 15 ans
https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/depp-ni-2026-40pisa-mathspdf-520231.pdf


- Source : E&R

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