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Jeudi, 20 Août 2026

Les données ne corroborent pas l'accusation : l'Iran et l'affirmation selon laquelle il serait le « principal soutien du terrorisme »

Auteur : Larry C Johnson | Editeur : Walt | Jeudi, 20 Août 2026 - 12h45

Chaque administration reprend le même argument. On nous dit que l'Iran est le principal État soutenant le terrorisme au monde – une affirmation désormais centrale dans la justification de la guerre. Elle a le poids d'une désignation officielle : l'Iran figure sur la liste des États soutenant le terrorisme du Département d'État américain depuis le 19 janvier 1984, la plus ancienne désignation actuellement en vigueur, aux côtés de Cuba, de la Corée du Nord et de la Syrie. Les chiffres à l'appui sont répétés comme des faits établis : plus d'un milliard de dollars par an de financement du terrorisme et entre 140 000 et 185 000 combattants partenaires des Gardiens de la révolution et de la Force Qods déployés en Afghanistan, à Gaza, au Liban, au Pakistan, en Syrie et au Yémen.

Le problème, c'est que les faits rapportés par le gouvernement ne corroborent pas les gros titres. Pour vérifier cette affirmation, il faut consulter les données publiées par le Département d'État lui-même : l'annexe statistique des Rapports par pays sur le terrorisme, et auparavant, le rapport « Schémas du terrorisme mondial », une série commandée par le Congrès qui recense les incidents terroristes internationaux année après année depuis 1990. À la lecture de ces tableaux, une image bien différente de celle véhiculée par les chaînes d'information en continu se dessine.

Qui commet les attentats ?

L'annexe ne classe pas les attentats par confession, mais ce n'est pas nécessaire. L'identité des principaux groupes auteurs parle d'elle-même. De 2004 à 2023, les groupes les plus actifs et les plus meurtriers sont sunnites : les Talibans, l'EI, Boko Haram, Al-Qaïda et ses affiliés, Al-Shabaab et le TTP. Près de neuf attentats sur dix recensés sont attribués à des acteurs extrémistes sunnites s'inscrivant dans la tradition salafiste-djihadiste. Aucun de ces groupes ne répond à Téhéran. La plupart considèrent les musulmans chiites – l'Iran y compris – comme des hérétiques et les ciblent en conséquence. L'État islamique est en guerre ouverte depuis des années contre l'Iran et ses alliés.

Des données françaises distinctes, compilées par le FONDAPOL sur une période plus longue (1979-avril 2024), aboutissent à la même conclusion. Les cinq groupes islamistes les plus meurtriers durant cette période représentent plus de 80 % des victimes du terrorisme islamiste – et tous sont sunnites : les talibans, l'État islamique, Boko Haram, al-Shabaab et al-Qaïda.

Quelle est la place des groupes liés à l'Iran dans tout cela ? Ils sont largement absents des premières places. Le Hezbollah et les milices pro-iraniennes n'y figurent généralement pas, notamment parce que leurs opérations visent principalement les forces armées plutôt que les civils, ce qui les exclut de la définition du terrorisme utilisée dans ces rapports. Les Houthis sont le principal groupe chiite à apparaître dans les éditions récentes, mais ils ne représentent qu'une faible part du total.

Ce n'est qu'en 2023 que trois groupes gravitant autour de l'Iran – les Houthis, le Hamas et le Hezbollah – font leur entrée dans le top 10. Leur présence s'explique par leurs attaques contre Israël, attaques qui visaient principalement des cibles militaires. Avant 2023, ni le Hamas ni le Hezbollah ne figuraient parmi les groupes responsables du plus grand nombre d'attentats au monde. C'est un fait remarquable pour deux organisations régulièrement qualifiées de parmi les plus prolifiques du terrorisme mondial.

Les chiffres israéliens

Prenons la définition du terrorisme utilisée par Benjamin Netanyahu lui-même — la violence contre des civils à des fins politiques — et appliquons-la aux données du gouvernement israélien, issues du registre du ministère israélien des Affaires étrangères concernant les victimes de la violence palestinienne entre 2000 et avril 2024. (Ces données sont antérieures à l'attentat du 7 octobre 2023 et l'excluent.)

Deux constats ressortent. Premièrement, les attaques palestiniennes sont en baisse depuis 2003. Le pic se situe entre 2000 et 2005, pendant la Seconde Intifada. Sur l'ensemble de ces 24 années, 1 552 Israéliens ont été tués et 5 595 blessés, et la violence est fortement concentrée sur le pic du début des années 2000 : environ 76 % des décès et 92 % des blessés ont eu lieu pendant la Seconde Intifada. Deuxièmement, le Hamas n'est pas la machine terroriste que l'opinion publique imagine. Seulement 15 % environ des attaques perpétrées sur une période de 24 ans sont attribuées au Hamas, agissant seul ou avec une autre faction. Cela ne fait en aucun cas du Hamas un mouvement pacifiste – il ne l’est pas – mais ce n’est pas non plus une organisation se livrant à des massacres incessants.

Les tirs de roquettes constituent l’exemple le plus flagrant où la rhétorique l’emporte sur les chiffres. Le Hamas et le Hezbollah ont lancé des milliers de roquettes sur Israël en 25 ans. Le nombre de morts causés par ces roquettes entre 2001 et 2025 est de l’ordre de 50 à 75 personnes – et non des « milliers » comme le laissent entendre certains médias. C’est précisément cet écart qui est révélateur.

À cela s’ajoute l’asymétrie qu’aucun bilan honnête ne peut ignorer. Entre 2000 et le 6 octobre 2023, Israël aurait tué entre 11 200 et 11 500 Palestiniens. Depuis le 7 octobre, ce chiffre à Gaza a dépassé les 73 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza – un nombre qu’un responsable militaire israélien a de facto admis en janvier 2026, reconnaissant plus de 71 000 victimes de tirs directs israéliens.

Qui finance réellement les auteurs de ces massacres ?

Si ce chiffre est exact, il ne semble pas provenir de Téhéran. Les groupes sunnites qui dominent le bilan des victimes ont reçu un soutien financier des États arabes du Golfe – et, plus troublant encore, des États-Unis eux-mêmes. La piste passe par la Syrie : l’argent des États-Unis et de leurs alliés parvient à des organisations issues de l’EI, notamment la branche al-Nosra qui a donné naissance à Hayat Tahrir al-Sham, dont le chef avait fait l’objet d’une prime de 10 millions de dollars offerte par Washington avant d’y renoncer discrètement. Le même gouvernement qui accuse l'Iran d'être le principal soutien du terrorisme a, à plusieurs reprises, facilité les agissements des groupes responsables des plus grandes tueries.

En résumé, cette désignation relève d'un calcul politique, et non d'une analyse objective. Selon les propres statistiques du gouvernement, l'Iran n'est pas le principal instigateur du terrorisme mondial ; les auteurs de ces attentats appartiennent en grande majorité à un courant djihadiste sunnite hostile à l'Iran et financé depuis l'étranger. Une campagne sérieuse contre les soutiens du terrorisme devrait commencer par les États du Golfe, et non par Téhéran. Au lieu de cela, une accusation que les données ne confirment pas sert de prétexte à une guerre non provoquée. Un pays qui vit dans une maison de verre devrait y réfléchir à deux fois avant de jeter des pierres.

Objections anticipées – et réponses

« Mais le Hamas et le Hezbollah sont entrés dans le top 10 en 2023, donc les groupes affiliés à l'Iran sont des terroristes majeurs. » Ils y sont entrés en une seule année, et uniquement à cause d'une guerre contre Israël où leurs tirs visaient principalement des cibles militaires : soldats, bases, Tsahal sur le terrain. La définition même du Département d'État repose sur la violence contre des civils à des fins politiques. Une augmentation soudaine des attaques contre une armée pendant une guerre active ne prouve pas un terrorisme soutenu dirigé contre des civils ; c'est la preuve d'une guerre armée. Au cours des deux décennies précédentes, aucun de ces groupes n'a figuré sur la liste des auteurs d'actes terroristes les plus actifs au monde. Une année dans le top 10, due à des combats contre une armée d'État, ne remet pas en cause vingt années hors de ce classement.

« Vous vous basez sur des données qui excluent le 7 octobre 2023 – la journée la plus meurtrière jamais enregistrée. » L'exclusion est clairement énoncée, sans détour : les données du ministère israélien des Affaires étrangères couvrent la période antérieure à cet attentat, et le 7 octobre représente l'événement le plus meurtrier enregistré du côté israélien. Il faut l'admettre pleinement. Cela modifie le total pour une seule journée, mais ne change rien à la tendance générale des vingt dernières années, où la violence palestinienne est en baisse depuis 2003 et où le Hamas est responsable d'environ 15 % des attentats. De même, un seul attentat de grande ampleur ne fait pas de l'Iran le principal soutien mondial du terrorisme, alors que les groupes qui font régulièrement la une des journaux – Daech, les Talibans, Boko Haram, al-Shabaab – restent sunnites, anti-chiites et sans lien avec Téhéran. Le 7 octobre est un chiffre réel et terrible. Il ne reflète pas la tendance, et il ne s'agit pas de la question du soutien.

« Le nombre de morts ne mesure pas le soutien – cette désignation concerne le soutien apporté par un État, et non le nombre de victimes tuées par ses mandataires. » C'est l'objection la plus pertinente, et il vaut mieux y répondre directement plutôt que de l'esquiver. Il convient d'admettre la distinction : le soutien étatique se mesure à l'aune des financements, des armements et de la formation, et non du nombre de victimes indirectes. Or, dans la pratique, l'appellation de « principal soutien » est rarement employée de façon aussi restrictive. Elle sert à caractériser la menace, à affirmer que l'Iran est le principal instigateur du terrorisme que les Américains devraient craindre. Face à la réalité de la violence terroriste, cette caractérisation s'effondre : la menace est majoritairement djihadiste sunnite. De plus, ce cadre d'analyse est appliqué de manière sélective. Les États du Golfe qui ont financé des réseaux sunnites, ainsi que les fonds américains et alliés parvenus à des groupes issus de l'EI en Syrie, ne sont jamais qualifiés de « principal soutien ». Une désignation qui n'est cohérente que lorsqu'elle vise l'Iran est un instrument politique, et non une conclusion analytique.

« Qualifier les cibles du Hezbollah de “principalement militaires” revient à occulter de véritables atrocités. » L'argument porte sur la tendance observée dans les rapports, et non sur le fait que le Hezbollah ait jamais tué des civils – c'est un fait avéré, des attentats des années 1980 aux attaques à l'étranger. Le problème réside dans l'analyse des données agrégées : sur la période considérée, les opérations du groupe visent principalement les forces militaires, ce qui explique précisément son absence des classements des principaux auteurs d'attaques contre des civils. La prise en compte de ces exceptions ne modifie pas les statistiques globales.


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