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Naulleau-Soral : montez sur le ring !

Auteur : Valeurs Actuelles | Editeur : Stanislas | Dimanche, 19 Janv. 2014 - 15h17

Polémique. Poids lourds du débat d’idées aux styles radicalement opposés, Éric Naulleau et Alain Soral s’affrontent dans un livre-dialogue. Un combat sans pitié. Où tous les coups sont permis…

« Si je voulais être un peu méchant, je te dirais ceci : si le Naulleau idéaliste d’il y a vingt et un ans, le Naulleau poète, le Naulleau éditeur de littérature difficile voyait le Naulleau commentateur de football à la télé d’aujourd’hui, il dirait quoi ? » Sans prévenir, Soral décoche ses uppercuts. Quelques pages plus loin, Naulleau envoie à son tour un direct bien placé, raillant le profil type des aficionados de Soral, souvent « un jeune homme pâle qui m’abordait dans la rue ou dans le métro, Comprendre l’Empire [le dernier livre d’Alain Soral, NDLR] à la main, pour me dire : “Il faudrait faire venir Soral dans vos émissions, M. Naulleau, il n’est jamais invité à la télévision, parce qu’on sait bien qui tient les médias en France.” » Avant de provoquer la bête : « Verserais-tu dans la mollesse ? Serais-tu tenté par la tiédeur l’âge venant ? » Réunir sur le ring le virevoltant Éric Naulleau, habitué des plateaux de télévision, champion des pirouettes, et l’essayiste controversé Alain Soral, boycotté par les médias traditionnels mais “superstar” du Net, tous deux affûtés, pour débattre de “pourquoi vote-t-on Front national ? ”, relevait de la gageure. Les éditions Hugo & Cie ont relevé le gant. Le résultat ? une lutte sans merci savoureusement sous-titrée « Combat de Blancs dans un tunnel », un match de boxe opposant deux poids lourds de la rhétorique. L’outrancier et le désinvolte. Le cogneur et le danseur.

Le thème initial n’est pas respecté, mais « après tout, confie Naulleau, les digressions font partie des plaisirs de la conversation ». Les coups pleuvent. Soral attaque sauvagement la gauche de gouvernement, celle du « pur porc bling-bling » DSK, qu’il qualifiait jadis de « li-li-bo-bo » (libérale libertaire bourgeoise bohème). Naulleau esquive d’un pas chassé : « Je suis de ceux qui déplorent que, pour la gauche de gouvernement, le sociétal l’emporte à ce point sur le social. »

On se jette des auteurs à la figure : Michel Clouscard et Voltaire pour Soral, Christopher Lasch et Jean Bollack pour Naulleau. On s’accorde sur l’analyse de Michéa, comme les boxeurs se reposant entre deux rounds.

Pour seule limite aux argumentaires, la « scandaleuse » loi Gayssot, selon Soral, au sujet de laquelle Naulleau conseille à son adversaire de « chaque matin rendre grâce à Jean-Claude Gayssot de t’avoir élevé […] à la dignité de martyr de la liberté d’expression ! ». Rapidement, pourtant, le combat se déplace sur le terrain fétiche de Soral : Dieudonné, la Shoah, les chambres à gaz et l’antisémitisme. Apparaissent des différences irréconciliables pour pimenter le débat, entre un Soral qui voit dans la remise du “prix d’infréquentabilité” par Dieudonné à l’historien révisionniste « injustement persécuté pour ses travaux iconoclastes » Robert Faurisson un « sommet d’insoumission et d’humour », et Naulleau, pour qui « la liberté d’expression et l’humour sont pour moi solubles dans la pure volonté de cracher sa haine à la gueule des gens ».

Ces deux-là ne passeront pas leurs vacances ensemble, mais Naulleau, qui a étudié la technique de son adversaire, prouve aux censeurs comme Manuel Valls qu’il vaut mieux débattre qu’interdire… Titillé, Soral répond par des coups de poing acharnés à ce Naulleau, « journaliste du système, […] jamais sur les faits, toujours dans le procès d’intention, le glissement sémantique ». Défilent le “mariage pour tous”, l’homosexualité, Chávez, la « toute-puissante communauté juive organisée » (Soral) et quelques fulgurances, dont celle de Naulleau : « Lénine disait hier que “le communisme, c’est les soviets plus l’électricité”. Les Bulgares seraient au jourd’hui en droit de penser que le libéralisme, c’est le capitalisme moins l’électricité. »

On pose le livre. On jette le gant. Sauvés par le gong !

Dialogues désaccordés, d’Éric Naulleau et Alain Soral, Hugo & Cie, coll. “Blanche”, 232 pages, 16 €.


- Source : Valeurs Actuelles

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