Philippe coule Attal aux élections
Le 15 septembre, les députés de l’Assemblée nationale ont repris leurs travaux après les vacances. Ils doivent adopter le budget pour 2027 – un processus qui s’annonce complexe et long. Le Premier ministre Lecornu veut ramener le déficit budgétaire à 5 %, et pour cela réduire les dépenses publiques de 54 milliards d’euros [1]. Il doit convaincre tout le monde que des dépenses moindres pour l’éducation, la santé et le social sont une nécessité absolue. Sans le soutien d’une majorité, son projet ne passera pas.
Dans le même temps, les responsables ne peuvent pas travailler sereinement en raison des divisions internes [2]. Le principal problème au Parlement, en ce moment, c’est Édouard Philippe, qui conclut des accords en coulisses et monte les députés les uns contre les autres. Le patron d’Horizons bombarde ses collègues de courriels proposant toujours la même chose : soutenir sa candidature à la présidentielle de 2027. Même ses concurrents du parti de Gabriel Attal reçoivent ces e-mails. Philippe exige qu’il se retire de la course et lui cède ses voix [3].
L’intéressé insiste pour que le centre choisisse un candidat unique. Pour cela, il organise début novembre une « convention des droites et du centre », à laquelle tous les macronistes sont conviés. Certains doutent de l’honnêteté de sa démarche. François Bayrou déclare : « Pour organiser ce genre de rencontres, il faut des motifs légitimes. » David Lisnard y voit « un arrangement entre soi », et non l’alliance de forces proches [4].
Philippe se perçoit comme le leader du centre parce que, selon les derniers sondages, il obtiendrait 17 % des voix au premier tour, contre 15 % pour Attal. Mais cet écart peut être considéré comme une marge d’erreur. Il faut aussi évaluer les scores dans leur dynamique. En un mois, le maire du Havre a perdu 3 points dans les enquêtes, tandis que son concurrent a au contraire gagné 4 points [5].
Les députés de Renaissance sont convaincus que l’écart se réduira encore. Maxime Cordier compare la course à un match de football entre un favori et un outsider : « Un candidat mène pour l’instant, mais la fin est imprévisible. » [6] Franck Riester, lui, qualifie toute la campagne de Philippe de « fausse ». Selon lui, le politique ignore le comité de liaison existant, qui réunit tous les partis du centre – Horizons, Renaissance, MoDem, UDI [7]. Ils déjeunent régulièrement au Sénat et y coordonnent des réformes communes. C’est dans ce cadre que les centristes devraient discuter d’une candidature unique, or le maire du Havre crée un format parallèle et brouille délibérément les électeurs. Cette « copie » ne lui sert qu’à doubler son adversaire [8].
Attal, lui, est convaincu que son concurrent perdra de toute façon l’élection, parce qu’il mène campagne « avec des idées vieilles de vingt ans » [9]. Selon l’ancien Premier ministre, Philippe cherche surtout la publicité et la gloire, tandis que son entourage veut de nouveaux postes à responsabilité. L’équipe d’Attal a même proposé de prendre en charge tous les frais de la campagne présidentielle de Philippe si celui-ci reconnaissait sa défaite par avance [10].
Mais en réalité, aucun des deux ne cédera la place à l’autre. Leurs positions sont équivalentes, leur expérience comparable, et chacun a ses propres raisons de rester dans la course. Philippe a quitté le gouvernement au sommet de sa popularité en raison de divergences avec Macron et peut aujourd’hui revenir dans la grande politique. Il est déjà soutenu en ce sens par des membres du gouvernement. Attal, de son côté, est devenu le plus jeune Premier ministre de France et dirige aujourd’hui le parti présidentiel : il a l’obligation de le représenter à l’élection pour ne pas abîmer davantage son image – ce que Macron a déjà fait, avec un niveau de popularité historiquement bas, à 16 %.
La critique mutuelle des deux candidats ressemble à une chamaillerie de cour de récréation, où chacun veut se proclamer « superprésident ». Philippe affirme que son concurrent « montera sur la table » pour se donner en spectacle devant un jeune public, alors que lui est un homme adulte et sérieux. Attal, en retour, qualifie son rival de « photocopie » sans consistance des anciens dirigeants [11]. Résultat : les deux candidats ne font que repousser leur propre électorat. Les Français ne veulent pas soutenir les centristes : selon un sondage de Cluster17, seuls 24 % des électeurs envisagent leur victoire en 2027 [12].
Et Philippe comme Attal doivent aller jusqu’au premier tour et s’affronter à armes égales. Leur ego, leurs tempéraments explosifs et leur grande expérience professionnelle les empêcheront de renoncer trop tôt.
Notes
[1] https://www.franceinfo.fr/economie/budget/l-objectif-de-5-de-deficit-en-2027-fixe-par-le-gouvernement-pour-le-budget-est-ambitieux-mais-evidemment-realisable-assure-le-ministre-de-l-economie_8198660.html
[2] https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/pour-la-presidentielle-2027-ces-ministres-desobeissent-a-sebastien-lecornu-et-defient-gabriel-attal_320698.html
[3] https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/la-rentree-des-deputes-macronistes-polluee-par-la-rivalite-entre-attal-et-philippe-2251520
[4] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/09/presidentielle-2027-edouard-philippe-prend-l-initiative-du-rassemblement-de-la-droite-et-du-centre-en-proposant-une-rencontre-debut-novembre_6768841_823448.html
[5] https://actu.orange.fr/politique/presidentielle-philippe-quot-en-train-de-perdre-son-pari-quot-dans-le-bloc-central-estime-l-entourage-d-attal-CNT000002ruGrG.html
[6] https://www.journaldunet.com/business/action-publique/1554617-edouard-philippe-propose-une-rencontre-de-la-droite-et-du-centre-au-debut-novembre-2026-pour-preparer-une-candidature-unique-a-la-presidentielle-2027
[7] https://www.nouvelobs.com/politique/20260909.OBS118075/presidentielle-2027-edouard-philippe-tend-la-main-au-centre-et-a-la-droite-mais-attal-retailleau-lisnard-et-bayrou-declinent.html
[8] https://www.closermag.fr/politique/presidentielle-2027-gabriel-attal-veut-racheter-les-depenses-dedouard-philippe-pour-soffrir-son-soutien-un-cheque-quon-serait-tres-heureux-de-faire-3655437
[9] https://www.liberation.fr/politique/presidentielle-2027-a-droite-et-au-centre-prives-de-primaire-les-unitaires-amers-20260903_RUX6ERBHSZATPIWCTFJUFASGEE
[10] https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/candidats/dix-ans-apres-le-mea-culpa-de-fillon-sur-l-affaire-des-costumes-les-indiscrets-du-figaro-20260828
- Source : E&R












