CPF, le compte sans épargne : vous payez, ils décident. Et s’il en reste, ils le gardent
C’était pourtant simple au début : les entreprises mettent un peu de côté pour la formation de leurs salariés, et, de temps en temps, ces derniers utilisent cette épargne spécifique pour acquérir de nouvelles compétences dont les employeurs peuvent se servir. Sur le papier, tout le monde est content.
Mais aussi simple soit l’idée, le diable l’État se niche rapidement dans les détails. Et puis, l’occasion était trop belle de rediriger une masse d’argent de plus en plus dodue vers différents objectifs électoralement judicieux.
Sans surprise, le Compte Personnel de Formation (CPF) a donc exactement suivi le chemin tracé par toutes les idées socialistes « simples », au point qu’à présent, on s’interroge : puisque l’argent au titre de la contribution formation est prélevé par l’URSSAF, que devient-il ? Les entreprises versent des milliards, la Caisse des dépôts n’en engage qu’environ deux pour le CPF, alors « où passe la différence » ?
Ne cherchez pas trop fort, vous pourriez tomber dans un trou.
Pour rappel, les employeurs versent à l’URSSAF une contribution de formation dépendante de la masse salariale. D’après le Sénat, la seule « contribution formation » rapporte environ 6,8 Md€ en 2025, et monte à 10,7 Md€ si on tient compte de la taxe d’apprentissage. Sans attendre, ces petits billets d’argent gratuit des autres filent vers France Compétences, qui va répartir avec tact et doigté (c’est évident, c’est même dans le nom : on peut lire « Compétences » au pluriel, forcément, ça inspire confiance).
Avec tout ça, le CPF en reçoit 1,95 Md€. Ceci représente 14 % de ses dépenses. L’alternance en avale 9,7 Md€, et 800 M€ partent financer la formation des demandeurs d’emploi (normalement une mission de l’État, ici payée par les entreprises.
Autrement dit, France Compétences dépense plus qu’elle n’encaisse depuis sa création (et son déficit est de 4,6 Md€ dès 2020 ; en 2022, il aurait atteint 7,4 Md€ sans deux « dotations exceptionnelles » de l’État totalisant 4 Md€). Eh oui, les Compétences, ça coûte un pognon de dingue, surtout lorsqu’il y a « France » devant.
Au total, l’État aurait donc épongé avec Compétences environ 11 Md€ de déficits depuis la création de l’opérateur, et la Cour Des Comptes jugeait dès 2022 la situation financière de l’établissement « préoccupante ».
Tout va bien cependant : il n’y a pas eu de détournement d’argent des entreprises. Ouf. En fait, leur contribution a été dépensée avant d’être collectée, pour l’essentiel en alternance. France Compétences Mais Pas En Gestion Des Comptes, n’est-ce pas.
Mais au moins pourrez-vous vous rassurer : au moins cette « contribution employeur » ne sort pas de votre poche, hein !
Eh bien à vrai dire, elle fait bien partie du coût du travail et sans elle, l’employeur aurait payé davantage ses salariés, gardé plus de marge ou servi plus de dividendes, selon le niveau de salaire et le rapport de force. Autrement dit, sur la durée, ce « Compte personnel de formation », c’est bien une partie de votre rémunération, simplement affichée sur une autre ligne, que les politiciens vous présentent ensuite comme un cadeau, avec l’aplomb des escrocs qui se croient malin.
De surcroît, les 500 € annuels de CPF ne ressemblent à aucune épargne : de l’aveu du Sénat, les droits ne viennent d’aucune cotisation du titulaire mais du simple passage du temps en emploi, financés par les entreprises. Ce n’est pas un compte, c’est une ligne de crédit tirée sur la caisse des autres, ce qui permet au titulaire de se sentir propriétaire de ce qu’on lui prête.
Et le pompon est que ce « droit individuel » n’aboutit à une formation certifiante que dans 38 % des cas (et on retrouve jusqu’à 30 % de permis de conduire là dedans). Seuls 57 % des inscrits valident leur formation, et un cinquième n’a aucun objectif professionnel, d’après une étude de la Dares citée par le Sénat. Une heure de formation en langues coûte 176,5 €, soit 16 fois le prix horaire moyen d’une formation inscrite au RNCP (ce n’est pas grave, c’est Nicolas qui paye).
L’ineptie était bien d’ouvrir un guichet sans contrôle sérieux à l’entrée : une fois ouvert, subventionné et peu surveillé, il attire mécaniquement ceux qui ont compris qu’il suffisait de se baisser.
185 517 formations, 3 674 certifications, plus de 20 000 organismes référencés début 2022. La fraude, que Tracfin chiffrait à 43,2 M€ en 2021, se situerait en réalité entre 43 et 250 M€ par an sur 2021-2025. Depuis, on multiplie les lois (2022, 2025, 2026), on ajoute un « ticket modérateur » de 100 €, des plafonds, une purge qui ramène les organismes à environ 14 000 et les certifications à moins 35 %…
Au final, ceux qui paient ne sont ni ceux qui décident et pas vraiment ceux qui reçoivent. Une branche verse, une autre encaisse, et le payer, au milieu, n’est jamais consulté.
Dans les prochains jours, suite au projet de loi de finances pour 2027 présenté le 1er octobre, il sera proposé (cette semaine) de plafonner la part de contribution unique affectée à France compétences et de basculer environ 1,1 Md€ vers le budget général, tout en supprimant la subvention d’équilibre.
Autrement dit, après avoir financé les déficits (avec l’argent des autres), l’État va capter l’excédent. Le Medef juge que le détournement de la Cufpa est un scandale et envisage de quitter le conseil d’administration, où Régions de France avait déjà claqué la porte fin novembre 2025.
Parions cependant que les jours de cette usine à gaz ne sont pas comptés : beaucoup trop de monde a intérêt à voir perdurer ce système complexe et finalement assez opaque, à y ajouter l’une ou l’autre tubulures chromées. L’argent des autres, s’il n’est pas intégralement utilisé pour des formations, n’est pas perdu pour tout le monde.
Et au contraire d’un système privé, financé par des accords d’entreprise ou de branche, ce système a une qualité évidente : on ne peut pas en sortir quand il échoue. Une taxe affectée, collectée par l’URSSAF, répartie par un établissement public, puis ponctionnée par Bercy dès qu’elle redevient excédentaire, ne donne pas de choix. Si la formation vaut quelque chose, elle se paie entre ceux qui l’achètent et ceux qui la vendent.
Le reste n’est qu’une tuyauterie au profit du plombier étatique : vous payez la formation, il décide des tuyaux et quand il reste de la monnaie, il la garde.

- Source : Hashtable







