www.zejournal.mobi
Mercredi, 14 Oct. 2026

Visite très délicate du roi d’Espagne à Ceuta

Auteur : TRT Français | Editeur : Walt | Mercredi, 14 Oct. 2026 - 11h48

Le roi d’Espagne Felipe VI est arrivé à Ceuta ce mardi pour une visite très sensible, deux mois et demi après l’afflux massif de migrants dans cette enclave espagnole du nord de l’Afrique, dont la souveraineté est revendiquée par le Maroc.

Il s’agit de la première visite d’un souverain espagnol depuis celle de Juan Carlos, le père de Felipe VI, en 2007, qui avait alors provoqué une crise diplomatique avec Rabat.

Ce mardi, le couple royal espagnol se rendra à Ceuta. Mercredi, Felipe VI et la reine Letizia se rendront à Melilla, l’autre enclave espagnole située en territoire nord-africain.

La visite débute par une rencontre avec les autorités à l’hôtel de ville, avant de se poursuivre dans un établissement scolaire de cette ville où cohabitent historiquement des communautés catholique, musulmane, juive et hindoue.

Ce déplacement intervient à moins de sept semaines des élections anticipées du 29 novembre, alors que la question migratoire est l’un des thèmes majeurs de la campagne.

Près de deux décennies après la dernière visite royale, Ceuta, qui compte quelque 80 000 habitants, tente de retrouver une certaine normalité après le choc provoqué par l’arrivée de plus de 70 000 migrants venus du Maroc fin juillet.

Si la plupart sont repartis dans les heures qui ont suivi, plusieurs milliers sont restés dans ce petit territoire situé entre la Méditerranée et l’Atlantique, où une partie de la population s’est sentie abandonnée par l’État.

«Le roi aurait dû venir dès le premier ou le deuxième jour. Et il aurait dû venir en uniforme de commandant en chef des armées, ce qu’il est. Pour les habitants de Ceuta, cela aurait été le signe indiscutable que l’État était présent», affirme à l’AFP Susana Román, juriste de 57 ans et promotrice de la plateforme «Sauvons Ceuta».

Le but de la visite est simple : en marquant son attachement à cette enclave, le couple royal envoie un message aux Espagnols. L’État ne laisse pas les habitants des deux villes seuls face aux crises frontalières.

Le roi et la reine vont même dormir à Ceuta ce mardi soir.

Ceuta et Melilla, portes d’entrée vers l’Europe

Ces deux enclaves sont le premier accès vers l’Europe pour les candidats à la migration. Elles connaissent régulièrement des arrivées de migrants.

Trois mois après, les autorités espagnoles ont évacué les grands campements de migrants installés sur certaines plages de la ville pour accueillir les migrants qui ne sont pas retournés vers le Maroc après les événements de juillet 2026.

Certains continuent malgré tout de vivre dans les rues de l’enclave ou dans les collines, principalement en périphérie.

«Si le roi était venu le deuxième jour de l’invasion, il se serait rendu compte de la situation que nous avons ici. Maintenant, il verra que tout est propre, parce qu’ils sont tous installés dans des tentes […], parce qu’on les a simplement déplacés d’un endroit à un autre», déplore Ana Muñoz, une fonctionnaire de 33 ans, qui affirme avoir perdu une partie de sa confiance dans le souverain espagnol.

Une visite qui fait des remous au Maroc

Les souverains se rendront également au cimetière de Sidi Embarek, où ils rendront hommage à plus d’une centaine de personnes mortes lors de l’arrivée massive de migrants, selon Madrid et Rabat.

Mais cette visite, organisée pour répondre à des enjeux espagnols, est très délicate. Elle risque de mettre à l’épreuve les relations avec le Maroc, dont le roi Mohammed VI a défendu vendredi le «partenariat» avec l’Espagne tout en rejetant fermement toute tentative de «pression» ou de «chantage» sur le dossier des migrations.

«Le roi du Maroc, qu’a-t-il à voir avec cela ? Lui et son avis importent peu, puisque Ceuta est espagnole depuis toujours», affirme Mohamed Hamadi, habitant de Ceuta âgé de 41 ans, qui compte assister à la visite des souverains en brandissant le drapeau de sa ville.

Les Marocains ne sont pas de cet avis. Si le palais royal marocain n’a pas commenté cette visite de deux jours du souverain espagnol sur le continent africain, elle met les autorités sous pression, puisque le Maroc revendique les deux enclaves.

De nombreux Marocains s’expriment sur les réseaux sociaux pour exprimer leur désaccord avec cette visite. Certains appellent même à une marche verte pour récupérer Ceuta, comme la marche verte lancée par le roi du Maroc Hassan II pour revendiquer le Sahara occidental en 1975. Sur RFI, un habitant de Casablanca n’hésite pas à qualifier cette visite de «provocation ! En tant que roi, il ne devrait pas venir dans une ville occupée, il aurait dû envoyer son conseiller ou son premier ministre. Les Marocains ne vont pas oublier».

Pour les médias comme Maroc Hebdo et TelQuel, cette visite rouvre les blessures de ce différend territorial persistant. Ceuta et Melilla restent considérées par le Maroc comme des «villes occupées» et des vestiges anachroniques du colonialisme européen en Afrique.

La visite de Juan Carlos et de la reine Sofia en novembre 2007 à Ceuta et Melilla avait provoqué une vive réaction marocaine. Rabat avait rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations, ouvrant une crise diplomatique qui avait duré plusieurs semaines.

***

Il compte se rendre à la frontière avec Melilla: Mohamed VI verse dans la provocation et la surenchère

Par Algérie54

Réagissant à la visite du roi d'Espagne, Philippe VI et son épouse Letizia, prévue les 13 et 14 du mois en cours,  Mohammed VI compte faire une virée du côté de la frontière avec l'enclave espagnole Melilla. Des sources makhzeniennes annoncent une visite imminente du commandeur à Nador, dont la date n'a pas encore été dévoilée.

La visite de Mohamed VI n'a pas été officiellement annoncée, mais plusieurs instruments de la propagande du régime du Makhzen, évoquent un voyage de Mohamed VI, à Nador et Beni Ensar, qui coïncide avec le lancement du port de Nador Ouest-Méditerranée. Les mêmes sources avancent que la visite aura lieu en octobre et suggèrent même qu'il pourrait se dérouler cette semaine, coïncidant avec la présence du roi d'Espagne Felipe et de la reine Letizia dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ceuta a été le théâtre d'une invasion migratoire massive orchestrée par le régime du Makhzen les 30 et 31 juillet dernier, dates de la célébration de la fête du trône et du 27 ème anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Mohamed VI succédant à son père Hassan II.

Exerçant le chantage et la surenchère à merveille, Mohamed VI avait affirmé mensongèrement vendredi dernier devant les nouveaux députés du parlement marocain, issu de la législative du 23 septembre dernier, que la coopération migratoire avec l’Espagne avait « atteint ses limites », qu’il ne négocierait sous « aucun chantage » et qu’il présenterait désormais aux pays européens un document- cadre assorti d’«une nouvelle vision stratégique orientée vers le codéveloppement ».

Le roi et la reine d'Espagne se rendront à Ceuta et Melilla après deux mois de crise suite à l'invasion massive de juillet dernier, et au lendemain de la célébration de la fête du trône.

IL convient de rappeler, que suite à la visite du roi Juan Carlos Ier et de la reine Sofia à Ceuta et Melilla en 2007, Rabat avait convoqué son ambassadeur à Madrid, ce qui a provoqué une crise diplomatique qui a duré un peu plus de deux mois.

Philippe VI et Letizia, les premiers monarques de l'ère démocratique espagnole passeront la nuit de mardi à mercredi à Ceuta : lors de leur séjour, ils visiteront un cimetière musulman.

Par conséquent, si Mohammed VI se rend finalement dans la région en même temps que le roi et la reine d'Espagne, le Maroc projettera une image de défi et une revendication de "souveraineté", même s'il ne prononce pas un mot à ce sujet.

Sa simple présence à Nador, à quelques kilomètres seulement du roi et de la reine d’Espagne, serait une image difficilement dissociable du conflit territorial, qui s’est intensifié après l’entrée de plus de 80 000 personnes à Ceuta les 30 et 31 juillet. La décision finale de se rendre à la frontière de Melilla ne pourrait être influencée que par l'état de santé fragile de Mohamed VI ou s'il finissait par suivre les conseils de ses conseillers qui lui recommandent de ne pas envenimer davantage les relations avec l'Union européenne.

Dans le même cadre, des sources makhzeniennes confirment que Mohamed VI se rendra à Nador : « Il inaugurera le nouveau port de plaisance et le port de pêche de Beni Ensar ». Nador se situe à quelques kilomètres de Melilla, et Beni Ensar marque la frontière avec cette enclave espagnole .  

Parallèlement, à Beni Ensar, Yahia Yahia, ancien sénateur et ancien maire de la ville, et chef de file du des appels pour  "l'annexion" des enclaves espagnoles, a appelé à des manifestations  jusqu'aux 13 et 14 octobre contre la visite du roi Felipe VI et de la reine Letizia.

Rabat est resté silencieux face à ces appels. Il est important de comprendre que le développement de cette partie du nord du pays a permis à Rabat de maintenir le poste frontière bloqué, empêchant ainsi le trafic commercial et de passagers. Cette situation a asphyxié économiquement les citoyens des deux côtés de la frontière.

Le ministre de l'Énergie des îles Canaries reflète le malaise qui règne dans l'archipel : « Vu ce qui s'est passé à Ceuta, on craint d'être les prochains ». Le nouveau port touristique de Beni Ensar accueillera les navires de croisière et détournera l'activité économique de Melilla. Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla et, de fait, continue de les considérer comme des villes occupées.

Toutefois, Rabat a revu sa position sur cette revendication, compte tenu du resserrement de ses relations avec l'Espagne. Le Makhzen privilégie désormais une stratégie à long terme, selon le chef de file de la propagande makhenienne Hespress . Par conséquent, la "revendication annexionniste" territoriale demeure, mais le coût d'une rupture des relations est également beaucoup plus élevé, ce qui exige une plus grande prudence.

Depuis l'accord de Gibraltar, des démarches diplomatiques ont été entreprises au Maroc, qui espère que ses frontières terrestres avec l'Espagne évolueront également vers une cosouveraineté ou une prospérité partagée. En tout cas, l'annonce de la visite du roi et de la reine à Ceuta et Melilla a provoqué une réaction beaucoup plus vive dans la presse makhzenienne que dans les institutions de Rabat.

Par ailleurs, il faut rappeler que le ministre marocain des Affaires islamiques, dans un narratif d'instrumentalisation religieuse, avait exigé la "libération" des villes  comme Ceuta, sous le joug de Mohammed VI et de son fils héritier.

Le propagandiste média Le360, proche du Palais, a qualifié la visite du roi d'Espagne et de son épouse, chez lui à Ceuta et Melilla, de « provocation » et l'a présentée comme contraire à la logique de détente qui régit les relations entre les deux pays depuis 2022, date à laquelle Mohamed VI et Pedro Sánchez ont signé la feuille de route.

Plus précisément, ce document stipule que les pays ne s'ingéreront pas dans les affaires intérieures de l'autre et qu'ils respecteront la souveraineté de chacun. De toute évidence, Rabat n'a jamais obtempéré, continuant de qualifier Ceuta et Melilla de « prisons » ou de « villes occupées ».

Dans un document soumis à l'ONU en septembre 2022, le Makhzen affirme n'avoir aucune frontière terrestre avec l'Espagne.  

Semer le chaos à Ceuta

L'intention de l'armée marocaine à Ceuta serait de semer la peur et le chaos, selon les  services de renseignement de l'armée espagnole qui  ont identifié 72 militaires marocains comme coordinateurs des envahisseurs à l'intérieur de Ceuta. Le Makhzen compte profiter de la visite du roi  d'Espagne et de son épouse, pour remettre publiquement la "revendication annexionniste" territoriale sur le devant de la scène.

Par ailleurs, un nouvel élément du discours de Felipe VI est relevé par les médias makhzeniens : la dimension européenne de Ceuta. Les mêmes sources mettent en avant les déclarations du roi d'Espagne en Finlande, dans lesquelles il a présenté la ville espagnole comme faisant partie de la frontière extérieure de l'Union européenne et a affirmé que la protection de cette frontière incombait aux 27 États membres.

Ce message est particulièrement pertinent pour Rabat, car il déplace en partie le débat de la sphère bilatérale à la sphère européenne. Ceuta n'est plus perçue uniquement comme un différend entre l'Espagne et le Maroc.


- Source : TRT Français

Cela peut vous intéresser

Commentaires

Envoyer votre commentaire avec :



Fermé

Recherche
Vous aimez notre site ?
(230 K)
Derniers Articles
Articles les plus lus
Loading...
Loading...
Loading...
 
 

Contribuer au journalisme de ZeJournal

Faites un don pour nous aider à poursuivre notre mission d’information

Faire un don

( En savoir plus )